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schizophrenie et son expression humaineUne vaste étude dont les conclusions sont publiées ce mardi 22 juillet a permis d'identifier plus d'une centaine de variations génétiques associées au risque de développer une schizophrénie, apportant de nouvelles pistes décisives pour la compréhension des causes de cette maladie connue et reconnue depuis longtemps par la médecine, la schizophrénie n'en reste pas moins mystérieuse. Une étude qui devrait peut-être à terme permettre de mieux la traiter.

Une psychopathologie complexe

Une maladie mentale qui créer des difficultés, pour qui en est atteint, à différencier le réel de l'imaginaire. Cela donne lieu à des crises d'hallucinations ou de délires, des discours sans aucun sens et un sentiment de persécution lié à des voix imaginaires incessantes. Enfin, les personnes atteintes présentent souvent de grandes difficultés à gérer leurs émotions.

Selon l'INSERM, la maladie toucherait environ 0,7 % de la population mondiale et environ 600 000 personnes en France. Elle se développe le plus souvent à l'adolescence ou chez le jeune adulte. Jusqu'à présent, on avait établi que la maladie était liée à plusieurs facteurs : la génétique, mais aussi l'environnement social et psychologique dans lequel on évolue et les facteurs neurologiques.

On savait déjà que la schizophrénie, cette maladie, qui entraîne des comportements étranges et parfois délirants, pouvait être récurrente dans certaines familles, mais on savait aussi qu'elle n'était pas simplement une maladie qui se passait de parent à enfant, comme un héritage génétique.

Pourquoi ? Parce que les cas de schizophrénie ne diminuent pas à travers les âges alors que, statistiquement, les personnes atteintes de schizophrénie ont en moyenne moins d'enfants que le reste de la population. Très logiquement, si la maladie se transmettait de père en fils, elle devrait diminuer.

Cette nouvelle étude scientifique, publiée dans la revue, Scientique Nature (anglais) pourrait bien remettre en cause ce que l'on savait de cette pathologie. Une étude réalisée par un consortium international de généticiens, elle est la plus importante conduite jusque-là dans le domaine psychiatrique, et qui a porté sur plus de 150.000 individus, dont près de 37.000 patients.

Des transformations génétiques indépendantes

schizophrénie et génétique comme ici sur l'imageUne étude dite "d'association pangénomique" qui repose sur une vaste exploration du génome (l'ensemble du matériel génétique contenu dans les chromosomes, créé par une accumulation de gène) des cobayes, afin de localiser sur ces derniers des variations génétiques associées à la maladie. L'idée était précisément de constater s'il y en a, des mutations génétiques courantes qui prisent individuellement ont un effet mineur, mais dont l'accumulation peut jouer un rôle déterminant dans le développement de la pathologie.

Les chercheurs ont ainsi analysé plus de 80 000 prélèvements à partir desquels ils ont déterminé 128 variations génétiques indépendantes, présentes dans 108 régions du génome. Parmi elles, 83 pourraient contribuer à la prédisposition à la maladie. Globalement, ces variations concernent des gènes impliqués dans la transmission de l'information entre les neurones (c'est ce que l'on appelle la neurotransmission) ou dans le processus de développement de la mémoire ou de l'apprentissage.

L'étude a également permis de mettre au jour des associations entre les gènes liés à l'immunité et le risque de développer un cas de schizophrénie. Cela conforte l'hypothèse d'un lien entre un dysfonctionnement du système immunitaire et la maladie.

Autre constat: parmi les 48 patients schizophrènes, ceux qui présentaient le plus de mutations dans leur transmission de la neuréguline était les plus sujets à des hallucinations, mais ils étaient aussi ceux qui souffraient le moins de déficiences mentales.

Selon les chercheurs, les participants ne présentant aucune mutation dans la voie de transmission de la neuréguline présentaient probablement des mutations, mais dans une autre voie de transmission non examinée. Cela expliquerait pourquoi les groupes de patients réagissent différemment à la maladie.

Des résultats prometteurs

« Ces découvertes confirment que la génétique est une cause majeure de la maladie » expliquent à la revue Nature, Jonathan FLINT et Marcus MUNAFO, spécialistes dans le domaine.

Schizophrénie observée par Pet-scanSi des traitements sont disponibles, leur efficacité est relative et mériterait amplement d'être améliorée. Selon le Broad Institute, le centre de recherches biologiques et génomiques des universités d'Harvard et du MIT aux États-Unis, "les médicaments actuels traitent les symptômes de la psychose, mais ont peu de portées sur l'affaiblissement des capacités cognitives".

Une découverte comme celle de l'étude pourrait donc permettre de nouvelles réponses thérapeutiques pour les personnes atteintes de schizophrénie. Principal auteur de la recherche, Michael O'DONOVAN, de l'Université de Cardiff en Grande-Bretagne a souligné : « Ces nouveaux résultats pourraient stimuler le développement de nouveaux traitements pour la schizophrénie ».

« Ces résultats démontrent qu'il n'y a pas qu'une seule formule de la schizophrénie, mais qu'un ensemble de mutations dans une voie de transmission (comme la transmission de la neuréguline) peut en être la cause », à lui déclarer Dimitri AVRAMOPOULOS, professeur de psychiatrie et coauteur de l'étude.

Même si les chercheurs pensent qu'il faudra d'autres recherches pour comprendre avec clarté le fonctionnement de la maladie, ces résultats encourageants leur laissent déjà entrevoir des progrès dans la compréhension d'autres maladies génétiques, telles que les diabètes et les maladies du cœur.

La Rédaction