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Exposition there is a light de Laurent CAMUT, un portraitInstallé dans le XVIIIe arrondissement à Paris, le café Championnet est le tout nouvel espace qui se veut propice aux échanges et aux rencontres culturels. Un café restaurant social et solidaire, tenu par une équipe de travailleurs en situation de handicap mental et psychique, est désormais également une galerie et un lieu événementiel. Un lieu rare et accueillant, ou l'humain, a toute sa place tant dans l'espace de restauration que celui culturel. L'exposition «There is à light» du photographe Laurent CAMUT sera présentée à partir du 22 mars prochain et ceux qui sont jusqu'au 27 avril.

Une exposition qui le fruit d'une rencontre entre l'ESAT, le Centre Iris pour la photographie et l'agence révélateur, avec la complicité de l'étoile du Nord. Cette exposition et les prochaines qui seront accueillies par le café Championnet, dernier né des ateliers d'insertion socio-professionnelle de l'ESAT Ménilmontant* a été élaboré et pensé aussi pour ouvrir cet art vers l'extérieur. L'ESAT qui par son esprit d'insertion a depuis plus de 40 ans toujours développés un pôle artistique dont les œuvres en céramique, peinture et soie font aujourd'hui référence dans le mouvement artistique de l'Art Brut.

Expression, sensibilité et humanité...

Une exposition qui tout au long des photographies laisse le voyageur traverser une plénitude et où Laurent CAMUT nous laisse nous convaincre de la profonde sensibilité qui émane des portraits de personnes en situation de handicap mental et psychique. L'implication et la participation des sujets dans la démarche du photographe transcendent la thématique du handicap. Laurent CAMUT nous donne à voir et à rêver des personnages fictifs, fruits de son imaginaire, du jeu des modèles avec eux-Deux photographies du photographe a gauche une femme et a droite un homme, de Laurent CAMUT de 2010mêmes, de leurs folies. Cette œuvre touche, car elle semble annuler le dispositif de subordination, implicite  dans l'exercice du portrait. La soumission du sujet face à l'objectif et aux désirs du photographe est ici absente tant la puissance des poses, des regards et des expressions nous transpercent de leur authenticité.

Un proverbe chinois avait donné son titre à l'exposition de Laurent CAMUT présentée, en 2007, au Centre Iris pour la photographie, « Qui a peur des fantômes, ne sait regarder la nuit ». Cinq ans plus tard, Laurent CAMUT semble apporter une nuance à ce premier constat : « There is a light »... « Il y a une lumière »... Tout aussi poétique, ce titre reste sibyllin, mystérieux comme la galerie de portraits inédits de cette série.

Le portrait est au cœur du travail de l'artiste. Après le dessin, il pratique la photographie depuis l'âge de vingt ans, trouvant en elle les réponses à ses exigences techniques et artistiques. Sa rencontre avec les personnes handicapées, dans un centre de jour, est déterminante dans son engagement artistique et humain. La confiance acquise de ses modèles depuis quinze ans lui permet de révéler toute leur intériorité, leur profondeur et leur humanité. Il nous invite à arrêter notre regard sur eux, à les reconsidérer sans référence à leur environnement psychiatrique, la démarche du photographe ne se situant pas dans le champ du reportage.

.exposition-there-tis-a-light©laurent-Camut-2010La première lumière que nous offre Laurent est celle qui émane de ses modèles. En les mettant en scène, en étudiant avec eux les poses, les expressions, l'éclairage, ils deviennent les coauteurs de ses créations. Ils ne sont plus des handicapés mais des acteurs à part entiers. Le regard qu'ils portent sur eux-mêmes évolue. Le jeu, la théâtralisation, les costumes les libèrent de leur peur, de leur inhibition. Cette confiance qu'ils accordent au photographe leur autorise un lâcher prise. La retenue, le contrôle, fait place à l'abandon, au don De soi. Même s'il respecte la pudeur, l'intimité de chaque modèle, Laurent CAMUT n'en occulte ni n'en gomme la singularité, parfois même la gravité.

La deuxième lumière qui traverse ces portraits est un hommage en même temps qu'une filiation et une parenté. : Cette clarté est proche de celle qui traverse les portraits de Rembrandt, de Vermeer et des peintres flamands du XVIIe siècle - l'un des portraits faisant directement référence à « La jeune fille à la perle » - mais également des clairs-obscurs de Georges de La Tour. Cette lumière combinée à certaines mises en scène semble même parfois d'essence divine ou métaphysique et nous renvoie aussi aux origines de la peinture classique. L'expressionnisme est présent dans ces compositions, Laurent CAMUT concentrant désormais toute son attention sur son sujet, abandonnant peu à peu l'habillage pictorialiste de ses précédentes séries. Le fond est noir, le modèle capte la lumière et nous la restitue à son tour.

C'est par cette lumière multiple que les modèles de Laurent Camut scrutent et éclairent nos âmes. Ce sont eux désormais qui nous regardent. Ils nous obligent à ranimer une lueur en nous, à renouer avec notre humanité, notre empathie. « Il y a une lumière »... Celle d'une beauté, d'un espoir. Malgré tout.

« Je ne photographie bien que ce que je connais bien »

Laurent CAMUT qui aime dire sur ces portraits que « L'humain et plus précisément le portrait sont mes sujets de prédilection. Les premières images que je réalise sont imprégnées de surréalisme, mais très vite j'irais plutôt puiser mon inspiration chez les expressionnistes (Schiele, Bacon), mettant en scène le plus souvent mes amis ou encore mes parents. À vingt-cinq ans, un ami, éducateur dans un centre pour personnes handicapées mentales, m'ouvre les portes de son atelier pour y faire un reportage. Et là, c'est le coup de foudre : j'ai trouvé plus que des modèles exceptionnelles, des personnes d'une très grande générosité et d'une sincérité rare. Après plusieurs séances de prises de vue, je leur ai proposé des initiations photographiques ».

Avant de conclure «Cela fait maintenant plus de quinze ans que nous sommes complices. Depuis toutes ces années passées ensemble, je possède une importante galerie de portraits. Mon travail n'est pas toujours bien perçu par le public qui juge uniquement le côté dérangeant sans aller plus loin. C'est très souvent dans la peinture que je trouve ma source d'inspiration, et dans le théâtre, pour l'éclairage et les décors. Toutes les images sont composées, nous organisons des mises en scène et jouons la comédie. Pour la prise de vues, j'utilise autant l'argentique que le numérique, mais au final, je passe toujours par la retouche numérique. Les tirages sont réalisés sur des machines utilisant des encres et des papiers garantissant une grande durée de vie des images. Je reviens parfois aussi aux tirages argentiques en utilisant la technique du négatif papier. Quant au sujet, il s'est imposé de lui-même, car je passe la plupartde mon temps avec ces personnes et les liens qui nous unissent me permettent d'aller aussi loin dans « l'expressionnisme. » Mon principe est que je ne photographie bien que ce que je connais bien

La Rédaction 

*E.S.A.T. : L’Établissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT), anciennement centre d’aide par le travail, est un établissement médico-social dont la mission est l’insertion socio-professionnelle des adultes en situation de handicap. L’ESAT Ménilmontant, plus ancien et plus important ESAT parisien accueille aujourd’hui 153 travailleurs en situation de handicap sur différentes activités : production artistique, restauration, conditionnement, couture, rénovation, menuiserie, prestations extérieurs…

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