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Sylvester barasa  nairobi le 4 octobre 2011Quand il n'est pas mendiant au bord de la route à Nairobi, Sylvester Barasa devient danseur et rejoint sur scène une troupe de danse contemporaine. Et peu importe alors qu'il soit privé de l'usage de ses jambes. « C'est comme si je filais un coup de pied à mon handicap ! Même si c'est la polio, je n'y fais plus attention du tout », s'enthousiasme-t-il. A 34 ans, Sylvester Barasa est une des figures emblématiques de la compagnie de danse contemporaine Pamoja (« Ensemble », en swahili), qui réunit depuis cinq ans danseurs valides et handicapés.

Deux jambes atrophiées, depuis la polio qui l'a frappé à l'âge de 10 ans, mais un buste et des épaules de déménageur, et une puissante présence scénique, qui rive l'attention pendant ses solos.

Ce père de quatre enfants reconnaît vivre « dans un environnement très dur ». Une litote puisqu'il quitte le bidonville de Kayole, le matin, pour installer son fauteuil roulant au bord de Wayaki Way, la principale artère de la ville, et mendier dans le vacarme et la pollution d'une circulation incessante. Il a suivi un ami à une répétition de Pamoja peu de temps après la création de la troupe. « J'étais intimidé, je craignais que les gens se moquent de moi, mais ils m'ont encouragé ».

D'abord un atelier expérimental, Pamoja, fondé par la chorégraphe israélo-canadienne Miriam Rother, devient vite une compagnie produisant au moins un spectacle par an. « Je retire beaucoup de choses de la danse, je deviens plus souple. Je ne savais pas ce qu'était la danse contemporaine, mais j'ai compris que c'est quelque chose qui aide mon corps à se sentir bien », explique Sylvester. « On se moque que vous n'ayez pas de jambe »

Sylvester Barasa porté par un autre danseur de la troupe lors d'une répétition de danse avec sa troupe à Nairobi le 4 octobre 2011© Simon MainaTreize danseurs composent la compagnie amateur, même si le spectacle donné ce mois-ci n'en mettait en scène que cinq. Les valides apportent leur technique de danseur, les invalides ne cherchent pas à cacher leur handicap, mais le font danser, pour ainsi dire, poussant leur corps à ses limites pour participer aux ballets collectifs ou improviser des solos. Aucun ne paraît nourrir le moindre complexe. John Kihungi, 40 ans, qui déambule en s'aidant d'un interminable bâton, se décrit comme un « acrobate » et rappelle qu'il se produit à l'occasion devant les touristes des hôtels de la côte. « Quand j'ai rejoint Pamoja, j'ai senti que j'étais arrivé au bon endroit », explique-t-il. Dans les répétitions, « je donne de nouvelles idées aux danseurs, mes idées d'acrobate », ajoute-t-il avec la même fierté réjouie dans les yeux.

Sur scène, deux jeunes femmes qui s'aident d'une canne au quotidien entament un duo où leurs bras dessinent des arabesques avant de s'entremêler. « Notre credo, c'est qu'on se moque de savoir que vous n'avez pas de jambe, que vous soyez paralysé depuis la taille ou amputé: qu'apportez-vous sur scène en tant que personnage ? », explique le directeur de la compagnie, Joseph Kanyenje. Il se dit impressionné par les progrès de ses danseurs, sur scène comme dans la vie quotidienne: « certains ont passé de bons entretiens pour des emplois, trois travaillent comme fonctionnaires, un autre comme réceptionniste dans un hôtel ».

« Tout se passe dans la tête », dit le patron de Pamoja, qui ajoute, en se glissant pour l'occasion dans la peau d'un de ses danseurs infirmes: « les gens me regardent parfois de haut, mais ce soir, c'est eux qui lèvent la tête pour me voir faire mon spectacle ».

Boris Bachorz

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