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Message d'alerte

Le prix de certains médicaments varie considérablement d'une pharmacie à l'autre© iStockphotoLa santé est l'une des impasses de la campagne. Eva JOLY semble regretter de n'avoir pu s'exprimer en profondeur sur le sujet. Selon elle, des progrès sont possibles pour diviser le prix des médicaments par deux: «J'entends construire un mur parfaitement étanche entre les intérêts privés et la décision. Les Français consomment beaucoup de médicaments. Ce qu'ils savent moins, c'est qu'ils les payent très cher, surtout les plus récents. Surconsommation et surfacturation : chaque année, nous consacrons aux médicaments presque 2% de notre production nationale, deux fois plus que les britanniques. Un surcoût de 16Mds€, équivalent au déficit de la Sécu en 2012.

Comment en sommes nous arrivés là ? Parce qu'en France, malgré tous les grands discours sur la transparence, l'intérêt général n'est pas placé au dessus des intérêts privés. Parce nous ne sommes toujours pas sortis de la confusion entre l'Etat et les groupes pharmaceutiques. Parce que la République exemplaire n'est toujours pas une réalité.

Un des médicaments qui coûte le plus cher à la sécurité sociale est le Plavix, un antiagrégant plaquettaire dont la boîte coûte plus de 40 euros en France... et seulement 23 euros en Italie. Il pourrait d'ailleurs être remplacé dans bon nombre de cas (pas tous!) par de l'aspirine, beaucoup moins onéreuse. Quant aux génériques, ils restent peu utilisés et particulièrement chers dans notre pays.

Si nous en sommes arrivés là, c'est notamment à cause du poids des firmes pharmaceutiques dans la fixation des prix des médicaments. C'est l'Etat qui négocie avec les industriels le prix remboursable aux assurés sociaux de chaque médicament. Selon le discours marketing des laboratoires, les prix élevés sont indispensables pour couvrir le coût de la recherche. Sur une dizaine de milliers de molécules testées, une seule en arriverait au stade de la mise effective sur le marché. Résultat : 800 millions de dollars de R&D [Recherche et développement] pour chaque médicament.

Mais la réalité est tout autre. Les laboratoires gonflent les chiffres en y incluant les dépenses de lobbying, de marketing, et tout ce qui entretient le système de désinformation : les visites médicales, la formation médicale continue – financée à 98% par les labos – le sponsoring de la presse médicale, d'associations... Au final, la recherche couterait 20 fois moins que ce que prétendent les entreprises. Elles continuent néanmoins à nous présenter comme révolutionnaires des médicaments qui ne le sont pas : le progrès thérapeutique est en panne depuis de nombreuses années. Nouvelles variantes à peine modifiées d'anciennes molécules, médicaments à brevets expirés sortis sous une forme légèrement remaniée... Sur les 278 nouveaux médicaments présentés en 2009 par les labos, seuls 5 représentent des avancées thérapeutiques majeures.

Les laboratoires sont donc à critiquer, mais aussi les autorités de régulation qui les adoubent, les médecins qui leur font une confiance aveugle, et surtout les politiques qui les choient. Le système entier est structurellement pharma-amical et cela n'a pas changé avec la loi Bertrand. L'industrie pharmaceutique fait parfaitement son travail, au mieux de ses intérêts. Il est temps que ceux chargés de préserver l'intérêt général et la santé publique exercent leurs responsabilités avec le même acharnement, avec un objectif : diviser par deux le coût des médicaments pour les Françaises et les Français !

Je propose une lutte sans relâche contre les conflits d'intérêts. Pour cela, je veux que non seulement les élus et les experts qui représentent l'Etat face aux laboratoires, mais aussi TOUS les médecins, rendent publics leurs liens avec l'industrie pharmaceutique. Réciproquement, je veux sanctionner plus durement les laboratoires qui ne déclarent pas leurs liens avec la formation des médecins – du financement d'un cocktail à celle de thèses : je propose une pénalité à hauteur de 10% du chiffre d'affaire, qui nourrira la recherche publique et la formation des médecins.

Faire baisser le coût des médicaments, c'est aussi se débarrasser des médicaments qui ne servent rien : seuls ceux ayant un réel intérêt thérapeutique doivent être remboursés. Enfin, je propose le « désarmement promotionnel » de l'industrie, par la restriction de son budget publicitaire et la réforme du système de visiteurs médicaux. Le déploiement des médicaments génériques passe en effet par l'évolution des visiteurs payés par l'industrie vers le métier d' « informateurs pharmaceutiques indépendants ».

J'entends construire un mur parfaitement étanche entre les intérêts privés et la décision publique. Cette dernière doit être fondée uniquement sur l'intérêt général.

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