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Infirmier en santé publique, Benoît Felix ici sur un plateau de télévision locale informe sur le sida, et la sexualité, les personnes vivant avec un handicap mental.Infirmier en santé publique, Benoît Felix informe sur le sida, et la sexualité, les personnes vivant avec un handicap mental. Il intervient depuis douze ans à travers l'Ile-de-France, principalement en instituts médico-éducatifs (IME) et en établissements et services d'aide par le travail (Esat). Employé par le centre régional d'information et de prévention du sida (Crips), ce «chargé de prévention des risques sexuels auprès de publics vulnérables» explique comment il aborde ce sujet encore tabou pour les professionnels et les parents. 

Olivier BONNIN : Est-il difficile de mener une prévention des infections sexuellement transmissibles (IST) auprès des personnes touchées par un handicap mental ?

Benoît FELIX : La première difficulté est que la sexualité de ces personnes est extrêmement taboue. Les déficients et les handicapés mentaux sont souvent traités comme des enfants, et les professionnels comme les parents préfèrent généralement ne pas savoir. Pourtant, depuis 1996 une circulaire demande aux établissements qui les accueillent de s'investir dans la prévention du VIH. De plus ce public est particulièrement vulnérable face aux IST et aux abus sexuels. Une jeune femme avec un handicap mental léger est une proie rêvée pour un prédateur sexuel !

Une seconde difficulté est la variété des profils, dans les établissements où nous intervenons. Il n'est vraiment pas évident de faire passer un message sur le préservatif à un autiste, contrairement aux usagers n'ayant qu'une déficience mentale légère. Face à ces groupes souvent très disparates, il nous faut «niveler par le bas» nos explications.

Olivier BONNIN : Comment vous y prenez-vous ?

Benoît FELIX : Nous commençons par les bases de l'anatomie. J'utilise des dessins, représentant le corps et les actes sexuels, ainsi que des dessins animés pour enfants, ou encore des représentations de vagins en plastique...

J'aborde, ensuite, le cadre légal. Il importe de rappeler à ces personnes leur droit à la sexualité. Les établissements, souvent issus du mouvement chrétien, édictent parfois des règlements intérieurs proscrivant tout rapport sexuel. Elles y ont pourtant droit, comme les autres ! Parallèlement, je leur apprends qu'elles peuvent refuser tel ou tel acte sexuel.

Olivier BONNIN : Intervenez-vous également auprès des professionnels ?

Benoît FELIX : Oui, depuis huit ans, par des formations proposées chaque année. Là encore, il faut reprendre les bases ! J'ai connu un éducateur spécialisé persuadé que le VIH ne se transmettait pas par relation anale... Nous leur rappelons donc les différentes étapes de la vie sexuelle, puis l'anatomie, ainsi que le cadre légal. Nous leur présentons aussi différents matériels pédagogiques à leur disposition. Surtout, nous tentons de les rassurer, afin qu'ils puissent aborder le sujet par eux-mêmes dans leurs établissements. Malheureusement, les professionnels désireux d'engager une action sur la sexualité paraissent parfois suspects aux yeux de leurs collègues...

Olivier BONNIN : Vous n'intervenez qu'en Ile-de-France ?

Benoît FELIX : Oui, mais les Plannings familiaux peuvent proposer des interventions similaires partout en France !

Propos recueillis par la Gazette Santé Sociale
Par Olivier Bonnin

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