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Maudy PIOT_Intervention_ConferencePeut-on être une femme et handicapée ? C’est un sujet dont la présidente de l’Association Femmes pour le dire, Femmes pour agir, Maudy PIOT, tente de le mettre au goût du jour dans notre société. La raison pour laquelle, elle organise son colloque ce 10 avril 2015 intitulé « Du corps imaginaire à la singularité du corps : le feminin en question ». L’objectif, faire parler des femmes handicapées sur leur rapport à leur propre corps. Rencontre avec une de ces femmes d'excepetion. La finalité pour Maudy PIOT est de faire comprendre à notre société que la femme en situation de handicap à sa part pleine et entière au sein de la cité.

Après il y a encore beaucoup d’obstacles à surmonter mais une femme handicapée trouve les solutions pour s’en sortir. Bien évidemment lorsqu’on parle de la féminité, on pense à la sexualité. Quelle est-elle pour ces femmes ? Après ce sont à elles d’inventer une autre sexualité afin de procréer et devenir maman car une femme handicapée est tout à fait capable d’être mère. Reste maintenant à la société de demain de leur permettre d'en faire partie.

F.H.I --- Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser ce colloque ?

Maudy PIOT : Lorsqu’on est en situation de handicap ou que l’on est handicapée à cause d’un accident de la vie, on a un imaginaire de notre corps qui est différent de celui que voit les autres. C’est pour cette raison que nous avons voulu mettre en place ce colloque sur « Du corps de imaginaire à la singularité du corps : le féminin en question ». Après en fonction de son handicap, on va faire une reconstruction corporelle. Pour ma part, je suis aveugle et j’ai une reconstruction de mon corps qui n’est pas la même que celle que j’avais il y a dix ou quinze ans. Par exemple, on a demandé à une personne qui a été amputée des deux jambes de nous parler de son corps d’avant, pendant et après son amputation. De nombreux témoignages auront lieu tout au long de cette journée sur cet imaginaire de notre corps jusqu’à sa singularité.

F.H.I --- Quel message avez-vous envie de véhiculer à travers cette manifestation ?

Maudy PIOT : On a envie de transmettre ceci : nous, femmes handicapées, nous sommes des citoyennes avant tout. On veut qu’à travers ce colloque notre statut de femme ne soit pas mis à mal dans la mesure où on a réalisé un travail. Malheureusement notre différence est mise à mal dans le regard des autres, en raison des stéréotypes et des jugements des autres. Néanmoins, on est des citoyennes à part entière.

F.H.I --- Aujourd’hui, la femme handicapée a-t-elle une place pleine et entière dans la société ?

Maudy PIOT : Non ce n’est pas le cas. Elle essaie de se frayer un chemin pour pouvoir trouver une place pleine et entière dans la société. Mais il y a encore beaucoup de difficultés à surmonter pour une femme handicapée. Bien évidemment, je veux faire référence aux problèmes d’accessibilité, de regard des autres ou encore toutes les difficultés autour de l’emploi.

« Moi je demande, c’est que l’on soit considérée comme des citoyennes comme toutes les autres »

F.H.I --- Cela veut-il dire qu’une personne handicapée n’est pas considérée comme une citoyenne comme les autres qui aspire à certaines choses de la vie ?

Maudy PIOT : c’est tout à fait juste. On le voit dans les milieux hospitaliers, universitaires ou encore dans le monde du travail. Le personne handicapée n’est pas considérée comme un vraie citoyenne. Après certaines personnes handicapées sont toujours dans le registre de la plainte et du misérabilisme. Il ne faut pas tout mettre sur le dos de la société.

F.H.I --- C’est alors compliqué pour une femme en situation de handicap de trouver l’amour ?

Maudy PIOT : Je ne sais pas si c’est plus difficile pour un homme ou pour une femme en situation de handicap pour trouver l’amour. La femme a cette aura de dévouement, d’être maternelle, généreuse. Les femmes valides vont plus facilement vers les hommes handicapés. C’est un peu plus difficile dans le sens inverse car les femmes handicapées ont plus de mal à aller vers les hommes valides.

F.H.I --- Quel est votre sentiment sur l’émission « Mon Partenaire particulier » diffusée sur M6 ?

Maudy PUIT : Je trouve que c’est du voyeurisme. Pour moi, la citoyenneté, c’est que l’on ne nous catalogue pas et que l’on ne nous mette pas dans des stéréotypes. Je ne supporterais pas que l’on me suive comme cela a été le cas dans la série Mon Partenaire particulier. Moi je demande, c’est que l’on soit considérée comme des citoyennes comme toutes les autres et qu’on ait un boulot. Après on sera assez grandes pour vivre notre sexualité. Je déteste ce genre d’émissions.

« Une femme handicapée peut tout à fait être mère »

F.H.I --- En amour, comment une femme avec un handicap dépasse le regard de l’autre ?

Maudy PIOT : Cela dépend de chacune d’entre nous.Ctait constituée normalement, le handicap n’est pas obligatoirement un obstacle. C’est une différence et chacune, selon son histoire propre, l’intégrera ouMaudy PIOT Perpignan Le Soler pas. On veut trop nous mettre dans des stéréotypes. Après, de nombreuses femmes célibataires valides n’ont jamais trouvé l’amour. L’essentiel, c’est de vivre sa féminité dans une société qui nous accepte telle que l’on est.

F.H.I --- Comment une femme handicapée perçoit-elle la maternité ?

Maudy PIOT : Je pense qu’une femme handicapée peut tout à faitt être mère. Lorsqu’on est une femme en situation de handicap, on est bien plus capables de réaliser les actes de la vie quotidienne. Même la rencontre avec l’autre va nous permettre d’inventer un nouveau désir jusqu’à enfanter. Il faut s’entourer de gens compétents mais c’est tout à fait possible d’être maman. Je suis pour qu’un médecin permette à un couple d’avoir des relations sexuelles pour procréer. Il faut accompagner le couple dans l’optique de fonder une famille.  Je ne suis pas pour l’assistanat sexuel, elles doivent pouvoir inventer leur sexualité.

F.H.I --- N’est-ce pas l’entourage proche qui porte un regard négatif sur le fait qu’elle soit mère ?

Maudy PIOT : Cela dépend du handicap. Le regard social est très lourd à porter. Lorsqu’une femme handicapée annonce qu’elle est enceinte, sa famille lui demande si elle est capable de s’occuper de son bébé. Lorsqu’un homme handicapé dit qu’il attend un heureux événement, on le félicite. Il faudrait que la femme soit parfaite pour qu’elle soit digne d’être mère. Pour moi c’est une erreur car il ne faut pas voir les choses comme cela.

« Je n’aime pas cette idée d’inclusion »

F.H.I --- Si une femme handicapée travaille et joue son rôle de mère à fond, commet arrive-t-elle pour s’en sortir ?

Maudy PIOT : Il faut rappeler que seulement 22% des femmes handicapées travaillent contre 48% chez leurs homologues masculins. Pour qu’une femme handicapée soit embauchée, c’est le parcours du combattant comme cela peut-être le cas chez les femmes valides. Pour ma part, j’ai travaillé tout au long de ma vie et je me suis très bien occupée de mes deux enfants. Ils n’ont pas été plus malheureux que d‘autres. C’est une question de préjugés. Parce que l’on est en situation de handicap, on n’est pas capables de s’en occuper. L’assistante sociale m’a dit que je pouvais crever les yeux de mon fils en lui donnant son biberon parce que je suis aveugle. Je sais tout de même où est la bouche de mon fils.  

F.H.I --- Demain, allons-nous vers une société inclusive où la personne handicapée sera au cœur de la cité ?

Maudy PIOT : Je déteste ce mot. Je n’ai pas envie que l’on m’incluse ni que l’on m’intègre quelque part. Je suis citoyenne d’un pays et par ma citoyenneté de femme handicapée je fais partie d’une société. Je veux que les autres me regardent comme une citoyenne à part entière. On ne va pas m’inclure mais on va simplement me permettre de vivre une vie digne et respectable au milieu des autres. Je n’aime pas cette idée d’inclusion. Je préfère avoir une accessibilité adaptée, un accueil sympathique plutôt qu’on me parle d’inclusion.

Propos recueillis par
Romain BEAUVAIS

Vous pouvez retrouver toutes les informations sur : www.fdfa.fr

 

 

 

 

 

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