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Le Depute Damien ADAD et President du Conseil Departemental de l AinCe 20 et 21 juillet, le Parlement a définitivement ratifié l'Ordonnance prévoyant de nouveaux délais dans la mise en accessibilité des lieux publics. À cette occasion, le député Les Républicains, Damien ABAD, nous a accordé un long entretien pour revenir sur l'adoption de cette loi. Atteint d'une maladie rare qui touche ses quatre membres et leurs articulations, le tout premier député en situation de handicap dans l'hémicycle et président du conseil départemental de l'Ain. Une ordonnance du 26 septembre 2014, un nouveau rendez-vous manqué pour une société inclusive pour tous.

Encore une fois, ce sont les personnes handicapées qui trinquent car pour l'heure, on ne peut pas faire peser sur les maires cette responsabilité de l'accessibilité. Car aujourd'hui, l'accessibilité, ce n'est pas le combat des personnes handicapées contre tous mais le combat de tous pour les personnes en situation de handicap car toute la société française est concernée par cette problématique.

F.H.I —- Quel sentiment prédomine-t-il après la ratification définitive par le parlement de l'ordonnance d'accessibilité pour les personnes handicapées ?

Damien ABAD : C'est un sentiment de renoncement, de reniement. Cette ordonnance n'a plus que pour objet de repousser les délais concernant l'accessibilité des établissements recevant du public handicapé sans aucun plan de financement derrière. Au contraire, elle va faire porter des charges supplémentaires aux collectivités. C'est une occasion manquée pour l'accessibilité en France.

F.H.I —- Le Collectif pour une France accessible parlait d'une « ordonnance de la honte », c'est un sentiment que vous partagez...

Damien ABAD : Effectivement, car on refuse de faire de l'accessibilité, une priorité en France. Elle est également contraire à l'engagement du président de la République, François HOLLANDE, qui avait dit « vouloir inscrire le volet handicap dans chaque loi et de prendre en compte une approche inclusive des choses ». C'est encore un véritable loupé avec la société inclusive.

F.H.I —- Selon vous, peut-on tout de même parler d'une petite avancée ou d'un vrai recul pour le monde du handicap ?

Damien ABAD : Il n'y a aucune avancée exceptée sur les agendas d'accessibilité programmé. Par exemple, j'ai déposé dans mon département de l'Ain, plus de 300 arrêts accessibles pour refaire tous les bâtiments de notre département. Mais c'est seulement le fruit de la dépense de la collectivité. Aujourd'hui, si on avait repoussé les délais avec un plan de financement et un calendrier précis, pourquoi pas mais là, on ne se donne pas les moyens de son ambition.

F.H.I —- Cela veut-il dire que dans neuf ans, on en sera toujours au même point ?

Damien ABAD : Peu importe le délai, ce qui compte c'est de mettre une volonté politique et des moyens budgétaires qui suivent a ins qu'un plan précis d'action. Aujourd'hui, aucun de ces trois leviers sont mis en oeuvre. J'espère qu'on ne sera pas en décalage par rapport à des sociétés comme les Scandinaves, les Américaines où encore les Anglophones qui ont réalisées de nombreuses avancées dans ce domaine.

« On fait peser sur les maires la responsabilité de l'accessibilité »

F.H.I —- Avec les coupes budgétaires, les collectivités auront-elles les moyens de se mettre en conformité avec la loi ?

Damien ABAD : On fait peser sur les maires la responsabilité de l'accessibilité. On sait très bien que l'argent publique destinée aux communes est très rare. C'est donc très coûteux pour une petite commune de 1000 ou 2000 habitants de mettre en accessibilité une mairie, une salle des fêtes. Ils ne peuvent rien faire sans l'État. De mon côté, en tant que député, j'ai décidé de consacrer la moitié de ma réserve parlementaire à des projets d'accessibilité.

F.H.I —- Comment peut-on faire pour aider les communes à financer cette question d'accessibilité ?

Damien ABAD : Refiler le bébé, ce n'est pas assurer ses responsabilités. Car encore une fois, ce sont les personnes handicapées qui trinquent. Aujourd'hui, l'accessibilité, ce n'est pas le combat des personnes handicapées contre tous mais le combat de tous pour les personnes en situation de handicap car toute la société française est concernée par cette problématique.

F.H.I —- l'État français n'a pas envie de les aider ?

Damien ABAD : Je regrette que le handicap et l'accessibilité soient sur la barrière de l'ajustement des déficits et de l'endettement de l'État. Cela prouve qu'une fois encore, on recule sur une question essentielle et qui au final génère des économies pour tout le monde.

« On ne peut pas tourner le dos aux personnes handicapées »

F.H.I —- Que vous dit la ministre en charge des personnes handicapées, Ségolène NEUVILLE, sur cette question de l'accessibilité ?

Damien ABAD : La ministre n'a pas assez de marge de manoeuvre. Aujourd'hui, le combat sur le handicap a été occulté par la gauche. Rappelons que les grandes lois sur le handicap ont été votées par la droite. Pour l'heure, ce sujet est insuffisamment considéré par le gouvernement actuel. C'est une question qui devrait dépasser les clivages politiques.

F.H.I —- Avec une probable organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024, la question de l'accessibilité pourrait être remise au goût du jour ?

Damien ABAD : Avec le succès du film « Intouchables «  et « De toutes nos forces », et des Jeux Paralympiques de Londres en 2012, cela prouve que la société bouge et que le regard sur le handicap qui est en train d'évoluer. C'est également la preuve qu'à travers le sport, la culture et l'école, on peut arriver à des résultats qui sont importants.C'est pour cette raison que cette organisation olympique et paralympique à Paris pourrait mettre en lumière cette question d'accessibilité mais j'espère qu'il ne faudra pas atteindre 2024 pour le faire.

F.H.I —- Finalement, quels sont vos espoirs pour l'avenir ? 

Damien ABAD : Il faut que les responsables politiques comprennent que l'accessibilité est un devoir et que l'on ne peut pas tourner le dos aux personnes handicapées. Par conséquent, on ne peut pas faire une politique pour la dépendance, pour le handicap, pour l'intégration et que de l'autre côté, on renonce à des projets d'accessibilité.

Propos recueillis par 
Romain BEAUVAIS

 

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