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Josef Schovanec en vacance a MarrakechGrand témoin d’un colloque intitulé « Regards croisés sur le handicap », le 25 mai dernier a Lyon, Josef SCHOVANEC à aborder l'emploi et l'accès à la culture des personnes handicapées. Âgé de 34 ans, cet homme qui a parfois du mal à construire ces relations avec les autres et aussi pourtant un surdoué. Docteur en philosophie et auteur, porteur du syndrome d'asperger, il a été nommé par Ségolène Neuville, conseiller ministériel le 19 mai dernier, il revient sur la vie professionnelle.

FHI --- Le 19 mai dernier lors de la conférence nationale du handicap la ministre, Ségolène NEUVILLE à annoncé votre arrivée dans son cabinet, s’agit-il pour vous d’une véritable avancée et comment la vivez-vous cette évolution ?

Josef SCHOVANEC --- Il ne faut pas perdre son temps à des états d'âme particuliers. Il convient de premièrement remercier Madame Neuville d'avoir accepté de nommer un conseiller qui ne sait ni nouer une cravate ni aller chez le coiffeur, et deuxièmement de continuer à faire ce que l'on a à faire. La tâche et les enjeux sont trop dramatiques pour qu'on les oublie.

FHI --- Le monde associatif parle d’inclusion, « l’Unapei estime même qu’il y a urgence » la société commence à prendre conscience. Pourtant les politiques ont eux du mal à la mettre en pratique. Comment expliquez-vous ce décalage ?

Josef SCHOVANEC --- Malheureusement, la question du handicap n'a longtemps pas été prise au sérieux dans la vie politique française. Il suffit de se demander combien de responsables publics français sont, aujourd'hui encore, porteurs de handicap eux-mêmes pour en avoir confirmation. Et de s'interroger combien d'heures de cours sur le sujet sont suivies par les futures recrues dans les écoles dites d'excellence pour avoir en avoir le cœur net. A vue d'oeil, on peut être plus cruel encore, et dire qu'en règle générale plus une école se perçoit comme relevant de l'excellence, moins elle sera ouverte sur le handicap. Avec quelques exceptions, bien entendu.
Régulièrement, j'ai l'impression ou la conviction que le grand public est parfois bien mieux sensibilisé aux questions du handicap que la plupart des élites. Ce qui est à la fois déprimant et stimulant.

FHI --- Un jeune étudiant en science fait actuellement le tour de la France à la fois dans le cadre d’une étude scientifique, mais aussi pour exprimer sa déception face au 2 % d’étudiants en situation de handicap, tout comme la formation ?

Josef SCHOVANEC --- Le chiffre est plus lugubre encore dans le cas du handicap invisible, entre autres l'autisme. Rares sont les universités française à avoir une politique tant soit peu valable en la matière. Toutefois, il convient de souligner également qu'elles ne sont que le dernier maillon d'une chaîne d'exclusion : si un enfant autiste sur quatre ou cinq seulement est correctement scolarisé, et si cette maigre proportion se réduit encore au collège et au lycée, que peut-on espérer ?

On pourrait dresser un parallèle avec cet échange hilarant avec un ami autiste à qui l'on avait demandé s'il y avait des ESAT autisme aux États-unis. Il avait répondu que oui, qu'ils s'appelaient Harvard ou Princeton. Et ce n'était pas tout à fait une plaisanterie, tant les talents originaux y sont recherchés.

Oui le manque de formation est flagrant, Il n'y a aucune formation handicap dans les écoles d'élite ni dans les écoles de journalisme, et la représentation du handicap dans les grands médias est désastreuse. Nous ne sommes donc pas pris au sérieux. À cet égard, la France est clairement en retard non seulement par rapport à d'autres pays occidentaux mais aussi par rapport à d'autres pays orientaux perçus ici comme arriérés.

FHI --- Hormis Damien ABAD députés du Doubs (Les républicain), ne pensez-vous pas a titre personnel que celle-ci soit sous représentés en France au sein des partis et des élus ?

Josef SCHOVANEC --- Les impressions, ou plutôt les réalités, pour être exact. La France compte plus d'un demi-million d'élus. Sachant que, à gros traits, un cinquième environ des Français est en situation de handicap, on devrait compter plusieurs dizaines de milliers au bas mot d'élus porteurs de handicap pour que la proportion soit respectée. Or, chacun sait qu'il faut enlever quatre zéros à ce nombre pour approcher la triste réalité.
On pourrait hélas faire un calcul similaire dans le milieu des médias et du temps d'antenne octroyé au handicap.

FHI --- L’accessibilité reste aujourd’hui un problème pour la majorité des personnes en situation de handicap et notamment des déficients mentaux. Quelles sont les raisons encore de cette mise à l’écart selon vous ?

Josef SCHOVANEC --- Pendant des décennies, l'approche du handicap était profondément communautariste. En fonction de son handicap, chacun était censé se ranger dans une case ou dans une sorte de zone réservée aux gens considérés comme étant « comme lui ». Ensuite, la répartition des moyens entre les principautés se faisait selon le poids et les connexions en haut lieu de chacun. Certains handicaps, mieux organisés, ont été mieux pris en compte ; d'autres ont bénéficié d'effets de mode. D'autres enfin n'ont rien eu. Sont devenus totalement inaudibles. Ces cas-là m'angoissent le plus. Quand on compare les représentations collectives et les moyens associés à la schizophrénie dans les années soixante-dix et aujourd'hui, on ne peut qu'avoir la nausée.

FHI --- Vous avez lors de votre intervention à Lyon, semble-t-il développer l’importance du « job coaching », pouvez dire ce qu’il représente pour vous et quel seraient les moyens pour en faire développer l’idée ?

Josef SCHOVANEC --- L'idée fondamentale est simple : il convient de tout faire pour que chaque personne puisse avoir accès au monde du travail, dans le respect naturellement des choix de vie de chacun – après tout, dans la population des personnes valides, la proportion de ceux qui travaillent n'est pas non plus si élevée que cela.

L'un des outils ayant fait ses preuves est justement le job coaching. Chaque emploi ou presque requiert un certain nombre de compétences sociales ou interhumaines que la personne en quête d'emploi peut acquérir. Le job coaching peut également s'appliquer aux collègues de la nouvelle recrue. Après tout, chacun apprend de et avec l'autre.

Toutefois, ne nous voilons pas la face : nous manquons assez cruellement de bons job coaches, qui seraient à la fois compétents en business et en handicap. Pourtant, je suis sûr que ce métier est l'un des plus passionnants qui soient.

FHI --- Vous faites partie de ces grands voyageurs, vous êtes également philosophe et écrivant avec deux livres sortis en 2012 Je suis à l'Est ! Ou en 2015 avec De l'Amour en Autistan en2015. Vous êtes désormais depuis quelques jours conseillés ministériel. Avez-vous d’autres objectifs et d’autres paris sur l’avenir ?

Josef SCHOVANEC --- Les objectifs et paris ne manquent pas... mais ils ne sont pas nécessairement ceux que l'on attendrait. Je fantasme depuis longtemps d'aller faire des études linguistiques par exemple dans la corne de l'Afrique. Ou de refaire du sanskrit. Cela me manque cruellement. Pour l'heure toutefois, le sens du devoir doit l'emporter, du moins durant la plus grande partie de l'année. Avec un peu de chance, je parviendrai à écrire quelques livres sur des sujets me tenant à cœur.

FHI --- En conclusion pouvez-vous dire ce que vous souhaitez pour tous les personnes en situation de handicap mental ou psychique ?

Josef SCHOVANEC --- A mon sens, le plus important est qu'elles puissent bâtir elles-mêmes leur vie. D'avoir la meilleure autonomie possible, une vie au cœur de notre projet humain partagé. Pour le reste, le mieux est de faire confiance à chacune et chacun, et de se laisser surprendre par toute cette riche palette des possibles humains.

Propos receuilli par 
Stéphane LAGOUTIERE

Commentaires   

0 #1 picquenot 31-05-2016 16:17
:lol: Super article voila un homme qui a du courage mais aussi remplit de volonté et dire qu'il sont nombreux comme lui. Espéreront que notre société va enfin leur ouvrir la porte
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