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Sophie ROBERT realisatrice d un documentaire Enfants autistes bienvenus a l ecoleÂgée de 48 an, cette femme au parcours pas ordinaire est l’auteur d’un nouveau documentaire destinée aux professionnelles de l’éducation nationale sur l’autisme intitulé « Enfants autistes : bienvenus à l'école ». Avant sa sortie officielle et après avoir regardé en avant première ce document nous sommes allée a sa rencontre dans lequel elle revient notamment sur les objectifs et les raisons qui l’on inciter a réalisé se travail nécessaire alors que plusieurs milliers d’enfants autistes sont toujours écartés du parcours d’une scolarité en milieu ordinaire, alors que le monde enseignant

dans sa grande majorité et lui fortement ouvert a cette possibilité il ne demande que simplement des réponses a des questions qu’il se posent.

FHI --- Vous dites que ce film est avant un outil pédagogique, Le film montre d’ailleurs l’exemple de Mathis avec son principal Olivier KOPFERSCHMITT, qui explique comment il a débuté cette inclusion, en ayant réuni l’ensemble de l’équipe pédagogique, avec une question comment on va faire pour que Mathis puisse réussir. C’est à question que ce film répond ?

Sophie ROBERT --- Ce film est en effet un travail de guidance pour l’accueil des élèves avec autisme à l’intention des enseignants, des cadres de l’Education Nationale et des AESH (sans oublier les élèves !). Il explique et montre, pas à pas, comment accueillir des élèves avec autisme, par la bouche des personnes de l’Education Nationale qui le pratiquent, ça c’est très important, lesquels transmettent leur point de vue et leur expérience. Pour cette raison j’ai filmé trois élèves pourvus de profils très différents d’autisme en classe, en interactions avec leurs professeurs et leurs camarades de classe ; et d’autres enseignants et professionnels du handicap en plateau, de manière collégiale, pour aborder les enjeux d’une inclusion réussie.

C’est un outil de sensibilisation et de formation très complet composé à l’intention des enseignants et cadres qui ont à cœur de le mettre en pratique. Les enseignants inclusifs que j’ai filmé ont eu à cœur de transmettre un message essentiel : « tout ce qui est mis en place pour faciliter l’accueil des élèves avec autisme bénéficie à l’ensemble des élèves ». C’est un cercle vertueux, c’est vraiment un message essentiel à faire passer.

FHI --- Cette peur que provoque souvent l’autisme reste encore présente dans notre société et il vrai que le manque d’information sur le sujet et semble-t-il la principale raison. Pensez que ce documentaire puisse être suffisant pour permettre au monde éducatif de répondre à la fois à leurs questions, mais aussi a leurs craintes éventuelles ?

Sophie ROBERT --- Les élèves avec autisme ne sont souvent pas ceux qui posent les problèmes dans une classe, mais ce sont ceux que l’on va exclure parce qu’ils ont l’étiquette « handicapé ». Ce film ne changera pas l’opinion du petit nombre de personnes idéologiquement convaincues que la place d’un enfant handicapé est entre les 4 murs d’une institution psychiatrique à vie, et nulle part ailleurs. Mais pour tous les autres : oui il le changera parce que la plupart des enseignants sont en attente de ce type d’information ! La peur dont vous parlez est souvent prospective et le manque d’information est crucial pour une grande partie des enseignants qui sont souvent démunis face à un élève différent dont ils n’ont pas le mode d’emploi.

Ils n’ont souvent aucune information, et/ou reçoivent une information trop générale et trop théorique pour les guider efficacement. Les grands principes intellectuels en réunion devant un formateur c’est bien, on fait « oui oui » mais une fois dans sa salle de classe concrètement, ils ne savent pas comment faire. C’est pourquoi ce film est une courroie de transmission fondamentale de ce savoir, pour cesser de réinventer à chaque fois le fil à couper le beurre, et mieux le transmettre. Il est essentiel de montrer concrètement des gamins différents en salle de classe, avec des profils différents, avec des enseignants de style et de matières différentes, qui échangent et parlent de leur expérience de façon enthousiaste et motivante, mais sans langue de bois.

Il est aussi essentiel que cette transmission soit faite en plateau pour échanger de façon collégiale et transversale sur les enjeux et les outils qu’ils utilisent, et pas uniquement des enseignants spécialisés ou des professionnels du handicap, même si leur expérience est irremplaçable : il faut aussi que des professeurs « ordinaires » soient montrés et s’expriment en situation d’inclusion, car in fine ce sont les meilleurs guides pour leurs collègues enseignants.

FHI --- Au-delà du faite pédagogique auquel vous venez de répondre. Quels sont les raisons, le moteur ? Qui vous à inciter, après les deux premiers documentaires, « Le Mur » en 2011 et « Quelque chose en plus » en 2014, dédiés à la question de l’autisme dont vous étiez l’auteur. À faire celui-ci ?

Sophie ROBERT --- Après avoir réalisé le MUR en 2011, film qui révèle pourquoi la France a plusieurs décennies de retard dans l’accompagnement de l’autisme, et ses conséquences sociales effroyables, il était logique de se poser la question de savoir comment on accompagne correctement les enfants autistes. Parce qu’on est des champions pour râler et se plaindre en France et transmettre des messages négatifs, mais il existe aussi quantité de personnes – professionnels du handicap – enseignants – exceptionnels qui font un boulot extraordinaire dans leu coin.

Donc j’ai réalisé ce film « Quelque chose en plus » sur l’ABA, qui montre comment accompagner vers le langage, la socialisation, la communication des enfants autistes sévères, non verbaux polyhandicapés. Et au cours des projections débats dans toute la France, les DOM-TOM et pays francophones voisins j’ai rencontré quantité d’enseignants qui m’ont transmis leur bonne volonté, mais le fait d’être démunis, faute d’information, par rapport à l’accueil d’un élève autiste en classe. Or simultanément j’ai rencontré aussi beaucoup d’enseignants pour qui l’inclusion est non seulement réussie, mais a été une révélation dans leur pratique d’enseignants, parce que, comme je l’ai dit au début : les outils et adaptations mises en place facilitent leur travail quotidien et bénéficient à tous les enfants.

Tout le monde en profite. C’est ainsi que s’est imposée à moi l’idée de faire cette série de programmes vidéo pédagogique « Enfants autistes bienvenue à l’école ! », calibrée pour mettre en valeur les ressources internes de l’Education Nationale ; transmettre les connaissances et l’expérience des enseignants et cadres inclusifs vers celles et ceux qui ne le sont pas encore.

FHI --- Trois enfants atteints de forme différente d’autisme vous ont permis de réaliser ce film « Inclusion scolaire en collège et lycée » premier volet de la série, Mathis, Hugo ou Antoine, peut-on dire qu’il ait tout de même une limite à l’inclusion scolaire en milieu ordinaire ou qu’elle doive être possible dans tous les cas ? Qu’il s’agit simplement d’une préparation pédagogique de l’équipe ?

Sophie ROBERT --- Oui il y a une limite à l’inclusion scolaire en milieu ordinaire ; certains enfants sont trop en difficultés pour être inclus à 100% en milieu ordinaire. MAIS il n’y a aucune limite à l’éducation d’une part, et d’autre part HUGO Un des jeunes autisme present dans le documentairecette limite est beaucoup plus basse qu’on ne l’imagine. Les enfants qui ne peuvent vraiment pas être inclus à 100% en milieu ordinaire (souvent parce qu’ils sont polyhandicapés, pas uniquement autistes) ne représentent que 10% des élèves. Tous les autres, même lorsqu’ils ont des difficultés de langage et de communication, comme Mathis, ou Victor, dans l’autre programme « Inclusion scolaire en maternelle et primaire » peuvent bénéficier d’une scolarité ordinaire à 100%.

Et de toute façon cette scolarité spécialisée doit tendre vers l’inclusion totale, dans l’esprit et le plus possible dans les faits, même si ce n’est ponctuellement pas toujours possible. C’est pourquoi je vais traiter de la scolarisation des élèves en environnement spécialisé (Unités d’Enseignement Maternelle / CLIS / ULIS) dans un film à part, actuellement en chantier, qui sera tourné à partir de septembre.

FHI --- En France selon les chiffres donnés par le communiqué, il semble que certaines associations soient plus pessimistes, seuls 11 % adolescents autistes, accéderaient au collège et 1,2 % au lycée la seule raison est telle uniquement une question pédagogique ou aussi administrative et politique ?

Sophie ROBERT --- Les données sont catastrophiques et très choquantes si l’on compare par rapport à nos voisins européens (80 à 100% des enfants scolarisés en milieu ordinaire), même si elles s’améliorent légèrement, lentement mais surement (on part de très très loin). Si la scolarité est un combat dès le départ pour les familles il y a clairement un mur à franchir entre le primaire et le secondaire. Pour les enfants diagnostiqués autistes j’entends. Il y a aussi toute une cohorte d’enfants à problèmes qui ne sont pas diagnostiqués, et souvent pas du tout accompagnés de ce fait, pour qui la scolarité est très compliquée.

La raison en est que beaucoup d’enfants prétendument scolarisés en maternelle-élémentaire ne sont en réalité que tolérés en classe quelques heures par semaine, ce qui explique qu’ils sont dans l’incapacité d’acquérir les compétences qui leur permettrait d’accéder à l’enseignement secondaire. Ils sont victime d’une exclusion masquée qui les surhandicape. Donc l’exclusion scolaire se révèle à partir du collège, alors qu’elle existe dès le départ du fait d’un accueil partiel, et souvent inadapté, ou pas bienveillant.

Et pourtant ce qui m’a stupéfaite, et ça toutes les familles dont l’enfant parvient au collège le disent : c’est qu’à partir du moment où l’enfant est parvenu en 6ème paradoxalement c’est plus facile pour lui ou elle : parce qu’elle n’a plus affaire à un seul enseignant mais plusieurs enseignants ; et que dans le groupe des professeurs il y a toujours plusieurs personnes bienveillantes qui vont pouvoir adapter leur pédagogique, l’environnement de la classe, et l’aider à traverser ces années (l’élève ne dépend plus d’une seule personne).

Par ailleurs au niveau du collège souvent l’élève autiste est accompagné de camarades de classe qui le connaissent bien depuis des années, et souvent le protègent et l’accompagnent au quotidien, faisant tampon avec les autres élèves qui ne le connaissent pas, ce qui atténue grandement les difficultés potentielles.

Vous dites, l’exclusion est-elle pédagogique, administrative, politique ? Il y a l’influence délétère de la psychanalyse sur la pédopsychiatrie qui veut caser en HP à vie tous les enfants différents, mais je dirais qu’elle résulte aussi du conservatisme colossal de la culture française et de remparts idéologiques. Quel que soit le sujet. Les gens se créent des blocages en construisant des remparts idéologiques, cimentés par la peur, au lieu de privilégier un abord pragmatique des choses comme nos voisins européens « Ok concrètement comment on fait ? ». Dès qu’on s’autorise à répondre de façon concrète et pragmatique aux problèmes, tout devient simple ! C’est ce que disent les profs dans mon film !

FHI --- Ce documentaire s’adresse ici aux enfants autistes, mais peut-il s’adresser à d’autres handicaps comme ceux psychiques qui peuvent passer totalement inaperçus, un peu comme le représente le cas de Hugo ?

Sophie ROBERT --- Oui bien sûr ! Parce que qui peut le plus peut le moins. Bien sûr il faut connaître les particularités et le « mode d’emploi » de chaque élève, dont aucun n’est superposable à un autre. Mais les adaptations bénéficient à tous les gamins quel que soient leur profil. Y compris d’ailleurs à ceux qui n’ont aucun problème. Les élèves différents ne sont pas si différents des autres élèves, il faut simplement prendre en compte certaines particularités. Un enseignant qui accueille un élève avec autisme dans sa classe, est formé à la différence, et peut s’adapter à n’importe quel type de handicap psychique ou neuro-développemental.

FHI --- Ce film est-il une fin en soi ? Où représente-t-il au contraire le début d’une série qui pourrait aborder par exemple le sujet de l’inclusion dans le milieu professionnel ou culturel ?

Sophie ROBERT --- En effet, l’insertion professionnelle est au programme pour 2017 ! Il était logique de traiter d’abord de l’inclusion scolaire parce que le défaut d’éducation est un frein majeur à l’insertion professionnelle, mais juste après cette question, qui est déjà en chantier, sera abordée, avec le même objectif : faire connaître, dédramatiser, sensibiliser, populariser de façon concrète et pédagogique un savoir et un savoir faire vertueux (au sens où tout le monde en bénéficie) qui permet de changer la vie des gens. L’objectif est de faire en sorte que pour les personnes handicapées et leurs proches, ce monde tourne un petit peu plus rond. Parce qu’in fine ça fait du bien à tout le monde.

Interrogé par
Stéphane LAGOUTIERE

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