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magalie duaut ravelean deficiente auditive 464bcÀ l’occasion de la semaine pour l’emploi (19 au 25 novembre), F.H.I. est allé à la rencontre de trois personnes handicapées pour aborder le sujet de leurs difficultés d’embauche. En effet, dans un univers professionnel tourné vers la productivité et la rentabilité, l’uniformité créée des postes standards figés, avec des transformations qu’on imagine impossibles ou coûteuses. Dès lors, la différence n’est plus un atout ou un enrichissement, mais elle devient au contraire un vecteur de discrimination et d’exclusion.Après un entretien avec Stéphanie Mérigoux, déficiente visuelle, nous sommes allés à la rencontre de Magalie DUAUT RAVELEAU, déficiente auditive, que rien n’empêche de  faire entendre sa volonté d'inclusion  professionnelle...

FHI : Pouvez-vous nous dire qui vous êtes ? Quel est votre parcours professionnel ?
Magalie DUAUT RAVELEAU --- Je m’appelle Magalie DUAUT RAVELEAU. J’ai 39 ans et je suis déficiente auditive. Je suis titulaire d'un BTS assurance obtenu en 2001. À l’époque, la maladie n’était pas encore déclarée. A peine deux mois après la fin de mes études, j'ai trouvé un emploi de gestionnaire santé chez un important courtier spécialisé dans l'assurance santé et prévoyance. J'ai occupé ce poste pendant plus de dix ans.

FHI : Comment-est apparu votre handicap ?
Magalie DUAUT RAVELEAU --- Un matin de 2010 - jour de baptême de Justin, mon second garçon - je me lève et là, je m’aperçois que je n’entends presque plus rien de l’oreille droite. Dès le lendemain, je me rends chez mon médecin, qui inquiet, m’envoie directement chez un orl. Ce dernier, également soucieux me programme une irm (imagerie par résonnance magnétique) et un scanner en urgence, de peur qu’il s’agisse d’une tumeur proche de l’oreille. Mais les résultats montrent qu’en réalité, il ne s’agit de rien de tout celà. Quelques mois de suivi et d’observation révéleront une maladie de Ménière*.

Au début, je n’ai ressenti aucun vertige, mais après près d’un an, ils sont arrivés soudainement et ont été violents, très violent. Ils me clouent au lit avec la bassine près de moi, car je ne cesse de vomir. Ça, puis ma perception auditive qui oscille. Un jour j’entends et le lendemain plus du tout. Mon conjoint ne supporte plus tout cela et nous finissons par nous séparer. Aujourd’hui je comprends, mais à l’époque non… Je comprends que je ne suis plus la femme qu’il a épousée et je comprends aussi que la situation a peut-être été difficile à appréhender pour lui aussi finalement. La maladie a exacerbé nos discordes et a mis fin à notre relation. Il a préféré fuir à 300 kilomètres.

FHI : Quelles ont été les conséquences sur votre vie quotidienne ? Sur votre travail ?
Magalie DUAUT RAVELEAU --- Le père de mes fils étant parti, je les élève seule. Je galère, car à cause des vertiges, je ne tiens plus debout et je suis parfois obligée de ramper jusqu’au berceau de mon dernier qui n’a que dix-huit mois à l’époque, tandis que mon aîné a quatre ans. 

Je vais au travail quand je le peux et quand la maladie ne me l’interdit pas. Puis je suis contrainte de me mettre en arrêt longue durée, pendant six mois, puis d’avoir recours à un mi-temps thérapeutique. Ensuite, je reprends mon poste et la responsable des ressources humaines d’alors m’annonce que je ne serai pas gardée dans l’entreprise, si je n’obtiens pas de reconnaissance de mon handicap par la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). En effet pour elle, tout le monde se doit de répondre au téléphone, or la Médecine du Travail me l’interdit formellement. Six mois de stress à attendre le verdict passent et j’obtiens cette reconnaissance.
Malheureusement pour moi, un an plus tard, ma seconde oreille donne également des signes de perte auditive. C’est alors que j’ai la chance que ma direction me propose la charge d’assistante de direction, à laquelle je postule après un long moment de réflexion. Cependant, je finis par obtenir ce poste pour lequel il y a peu ou pas d’appels téléphoniques. J’y ai gagné en statut et en rémunération et le poste est bien plus intéressant, mais au départ on m’avait pressée de le prendre, car il se libérait, J’avais alors été heurtée, parce que j’avais eu le sentiment qu’on me mettait surtout là où mon handicap ne gênait pas.

On comprend bien à travers cette description, que les dirigeants de ma boîte ont été relativement compréhensifs, me permettant de réorienter ma carrière professionnelle. Cependant, s’ils ne l’avaient pas été…

FHI : Auriez-vous une petite anecdote criante et révélatrice qui vous est arrivée ?
Magalie DUAUT RAVELEAU --- Un jour, ma responsable RH m’avait dit, au moment où je ne pouvais plus assumer mes fonctions : "Tu sais, le groupe X n’est pas une finalité. Tu es jeune, tu trouveras du travail ailleurs !". Je suis toujours chez X, mais désormais, ils ont mis en place une politique handicap. Tout n’a pas été simple, mais aujourd’hui mon oreille droite va bien. Elle est en rémission. Mon audition varie toujours et il n’y a pas d’appareillage possible, ni même d’opération, car le professeur qui s’occupe de mon cas ne veut pas me faire prendre le risque de perdre l’ouïe définitivement. En Bref... finalement j'ai chanté à l’Olympia et c’est grâce à ma boîte ! » 

Interview réalisée par 
Sébastien JOACHIM

*Maladie ou syndrome de Ménière : se caractérise par des crises récurrentes de vertige qui s'accompagnent de sifflements et de bourdonnements d'oreilles (acouphènes) et d'une baisse d'audition. Le plus souvent, une seule oreille est atteinte. Il s’agit d’une maladie chronique.

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