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2013.02.19.conference presse unapei 01La présidente de l'Unapei et son directeur Thierry NOUVEL ont tenu le 19 février une conférence de presse au cours de laquelle ils ont présenté les grandes lignes du projet associatif qui sera voté a à l'assemblée générale de mai prochain. L'association qui présentait également le « RDB », un logiciel de recensement des données fines sur les besoins des personnes handicapées mentales. Dernier objectif, le lancement de nouvelles actions judiciaires contre l'administration d'État et des collectivités face au non-respect du droit à compensation des personnes handicapées sans solution. À l'issue de cette conférence, nous avons posé quelques questions voici ce que nous a répondu la présidente Christel PRADO.

jean-marie barbier président de l'APF © J. DeyaAprès une année mouvementée nous avons décidé de nous tournée vers les principaux dirigeants associatifs en cette fin d'année 2012. Voici pour le premier d'entre eux ce qu'il nous a répondu quelques jours une réunion ou la pauvreté été un sujet de discussion au conseil économique et social.

Et pour le Président Jean-Marie BARBIER comme beaucoup d'autre s'inquiète de l'aggravation et précarisation des personnes handicapées. Une année que le Président de l'APF aura jugé difficile a de nombreux point de vue tant sur l'accessibilité que sur l'emploi qui malgré quelques avancé ici ou là reste un véritable sujet d'inquitude et un bilan "mitigé"

F.H.I --- A quelques jours de la fin de l'année 2012, quel aura été selon vous l'événement majeur de l'année 2012 ?
Jean-Marie BARBIER --- L'événement majeur de l'année 2012 est, selon nous, l'élection présidentielle et la campagne qui l'a précédé. A cette occasion, l'APF a lancé son « Pacte pour une société ouverte à tous » composé de 12 engagements fondamentaux permettant la construction d'une société inclusive. Nous avons sollicité les candidats à l'élection présidentielle d'une manière originale : en organisant une tournée des QG des candidats et en leur déposant un exemplaire du pacte ainsi qu'un fauteuil roulant aux couleurs de leur parti. Cette action a permis d'attirer l'attention des candidats sur les attentes des 10 millions de personnes en situation de handicap et de leur famille. Nous avons ainsi rencontré certains candidats dont François Hollande qui nous a annoncé ses priorités pour les personnes en situation de handicap : l'éducation, l'emploi et l'accessibilité.

F.H.I --- Beaucoup de famille et de personnes en situation de handicap ont encore le sentiment de galérer toujours pour avoir les mêmes droits que les autres ? Rêve ou réalité ?
Jean-Marie BARBIER --- Effectivement nous faisons le constat quotidien que de nombreuses inégalités existent toujours pour les personnes en situation de handicap et leur famille. Seulement 15% des établissements recevant du public sont accessibles ; près de 2 millions de personnes en situation de handicap, bénéficiaires de l'AAH ou de pensions d'invalidité, vivent sous le seuil de pauvreté ; 22% de personnes en situation de handicap sont au chômage, le double du taux de chômage de l'ensemble de la population. Le constat est amer ! Mais, en 80 ans, l'APF a déjà réussi plus d'un combat pour améliorer le quotidien des personnes en situation de handicap et nous ne comptons pas nous arrêter en si bon chemin !

F.H.I --- 2012, aura été une année majeure en matière d'accessibilité où toute une série de rapports nous confirme que le délai de 2015 ne sera pas respecté, d'autres demandant des dérogations. Croyez-vous que la politique de l'accessibilité universelle prévue dans la loi de 2005 verra le jour ?
Jean-Marie BARBIER --- Tout d'abord, nous tenons à rappeler que l'accessibilité est une obligation nationale depuis 1975. Cela fait donc presque 40 ans que la France est en retard dans ce domaine ! Nous tenons à rappeler que l'accessibilité n'est ni divisible, ni négociable, comme le propose le récent rapport sur les modalités d'application des règles d'accessibilité du cadre bâti pour les personnes handicapées. Choisir, parfois à l'intérieur même des lieux, ce qui doit être accessible ou pas, consiste à demander aux personnes en situation de handicap de choisir à quelle part de leur citoyenneté elles auront accès ! L'APF refuse ces choix qui n'en sont pas et déplore le retour en arrière décrit dans ce rapport. C'est bien une impulsion politique, un accompagnement technique et pas forcément une impulsion financière qui permettra de faire bouger les lignes. L'APF réitère sa demande de créer d'urgence une dynamique permettant de rendre la France accessible dans sa totalité, dès 2015.

F.H.I --- Cela est-il une raison du lancement de votre prochaine campagne institutionnelle sur le sujet ?
Jean-Marie BARBIER --- Notre nouvelle campagne institutionnelle « Supprimons les obstacles qui paralysent » a, en effet, pour but de sensibiliser l'opinion publique sur l'inaccessibilité des établissements recevant du public. Le retard pris en la matière, alors que la France devrait être accessible à tous au 1er janvier 2015, pénalise quotidiennement les personnes en situation de handicap et leur famille et de fait, les exclut de la vie sociale menée par tout un chacun. Le message de cette campagne : un lieu inaccessible est un lieu que l'on interdit aux personnes en situation de handicap, un lieu qui exclut.

Trois visuels mettent en scène 3 lieux représentatifs d'une activité de la vie quotidienne : un commerce, un lieu de loisir, une administration, comportant chaque fois un obstacle différent : des marches à l'entrée, des toilettes non accessibles, des portes trop étroites. Le spot télévisé présente l'originalité de ne comporter ni musique ni voix off, tout le message étant diffusé sous forme de texte à l'écran. Cette plage silencieuse au milieu des fonds très sonores des autres spots publicitaires attirera l'attention du téléspectateur et suscitera sa curiosité. Le message, délivré en silence, est à la fois violent et discret. C'est un coup de poing silencieux sur la table. Il s'apparente au problème des personnes en situation de handicap : on les voit peu, on ne les entend pas, mais elles sont en colère.

F.H.I --- L'APF vient de lancer jusqu'en mai 2013 les États régionaux de l'inclusion. Inscrit dans la loi de 2005, le principe semble peu à peu être oublié. Selon vous ce principe est-il pour notre société une nécessité comme le dit la dit le Pr Charles GARDOU, dans son dernier ouvrage* une société inclusive ?
Jean-Marie BARBIER --- Avec notre projet associatif « Bouger les lignes ! Pour une société inclusive », adopté en mai 2011, les adhérents de l'APF ont exprimé leur vision pour la société de demain, une société inclusive, ouverte à tous, dans laquelle chaque citoyen puisse exercer pleinement ses droits et mener une vie décente. En lançant ces Etats régionaux de l'inclusion, l'APF a l'ambition de faire progresser concrètement l'inclusion, sur le terrain, en dressant un état des lieux annuel de l'avancement de la société inclusive dans chaque région. Cet état des lieux s'appuiera sur le degré de participation sociale des personnes en situation de handicap et de leur famille dans les différents domaines de la vie quotidienne ; mais aussi sur l'identification des freins, leviers et résultats à atteindre d'une année sur l'autre. Une façon de faire progresser sur le territoire, concrètement, avec tous les acteurs concernés, la société inclusive que nous défendons.

F.H.I --- Cette année l'AGEFIPH fête ses vingt cinq ans le bilan est positif selon vous, 25 ans après la loi de 1987 sur l'obligation d'embauche et quel bilan dressez vous de la politique mise en œuvre par les précédents gouvernements ?
Jean-Marie BARBIER --- Alors que la loi du 10 juillet 1987 et l'AGEFIPH ont fêté leurs 25 ans, force est de constater que le bilan de l'emploi des personnes en situation de handicap est mitigé. Le taux de chômage des personnes en situation de handicap (22%) est toujours 2 fois supérieur au taux de chômage de l'ensemble de la population. Une personne en situation de handicap a 15 fois moins de chance qu'une personne valide d'obtenir un entretien d'embauche. Et malheureusement de nombreux locaux de travail restent inaccessibles, empêchant les personnes en situation de handicap de pouvoir travailler comme tout un chacun. Pour l'APF il est nécessaire de renforcer l'accès à l'emploi et de garantir le maintien dans l'emploi et la vie au travail des personnes en situation de handicap pour assurer un égal accès à la vie professionnelle à tous, quel que soit le milieu de travail.

F.H.I --- Autre grand sujet politique en cette année 2012, celui récent des conséquences de la décentralisation vis-à-vis des départements annoncés par le président fortement contesté par l'association. Quelles sont les attentes dans ce domaine ?
Jean-Marie BARBIER --- L'annonce faite par le président de la République, concernant la gestion de la politique du handicap et précisant que « les départements se verront confier l'ensemble des politiques du handicap et de la dépendance, hors du champ de l'assurance maladie » sonne comme un désengagement de l'Etat sur la politique du handicap. Comment les conseils généraux, déjà très investis sur la politique sociale du handicap, pourront-ils supporter ce transfert de charges ? Comment garantir l'égalité de traitement et d'accès aux droits sur tout le territoire ? Nous refusons une telle décentralisation de la politique du handicap. Cette réforme de la décentralisation doit apporter une réponse à la question de l'accompagnement des personnes en situation de handicap. Elle doit également apporter des réponses aux incohérences de l'organisation institutionnelle afin d'éviter les ruptures dans les parcours des personnes.

F.H.I --- Entrée en fonction en juin dernier, Marie-Arlette CARLOTTI n'a pas véritablement avancé sur les principaux sujets, mais a effectué beaucoup d'engagements, vous avez rencontré à plusieurs reprises la ministre depuis sa nomination, comment jugez vous ses premiers pas dans ce nouveau gouvernement ?
Jean-Marie BARBIER --- Nous avons été reçus par Marie-Arlette Carlotti dès les premières semaines de sa prise de fonction et nous saluons cette réactivité. Néanmoins nous sommes plus réservés pour le moment et attendons désormais des actes forts et des engagements concrets pour améliorer le quotidien des personnes en situation de handicap. Après 6 mois de prise de fonction, le temps des rencontres est passé, il est désormais urgent de passer aux actes concrets !

F.H.I --- La sexualité reste un sujet tabou, l'APF a participé récemment a la création d'un centre avec quatre associations que devient notamment la question des assistants sexuels ?
Jean-Marie BARBIER --- La question de la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap est un sujet primordial dont le gouvernement devrait se saisir au plus vite. L'APF milite en faveur d'un accès effectif à la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap. Il est nécessaire d'apporter des réponses aux personnes en situation de handicap et à leur famille mais aussi de sensibiliser l'opinion publique à la question de l'accompagnement sexuel et à la création de services d'accompagnement sexuel en France. L'APF plaide pour une exception à la loi en matière d'assistance sexuelle afin de : clarifier ce qu'est l'assistance sexuelle en la différenciant de la prostitution, lui fournir un cadre juridique et éthique, et offrir une alternative respectueuse aux personnes concernées et à leurs proches, inscrite dans le champ vaste de la légitimité de la sexualité des personnes en situation de handicap.

F.H.I --- Autre sujet de société le vieillissement des personnes handicapées pour lesquelles l'espérance de vie a progressé de façon importante. Reste que comme avec l'autisme pendant plusieurs années, le sujet continue à rester hors des préoccupations des politiques. De quelle façon l'APF est-elle impliquée dans ce dossier ?
Jean-Marie BARBIER --- Les adhérents de l'APF ont voté une motion relative au vieillissement des personnes en situation de handicap lors de notre assemblée générale en juin 2011. Les adhérents de l'APF dénoncent les ruptures de droits que rencontrent les personnes en situation de handicap lorsqu'elles atteignent l'âge de 60 ans en matière de ressources, de compensation, ou d'offre de service social et médico-social. Les adhérents de l'APF demandent donc au gouvernement de prendre en compte, dans le cadre de la future réforme de la dépendance, les questions spécifiques au vieillissement des personnes en situation de handicap et de leurs aidants, quel que soit leur lieu de vie (domicile, établissement) et la suppression de tous les dispositifs discriminatoires et des inégalités qui sont liés à l'âge notamment en matière de ressources, de droit à compensation et d'offre de services.

F.H.I --- J'ai commencé cette interview en vous demandant quel a été l'événement majeur pour vous en 2012, si vous aviez un vœu a formulé pour l'année 2013 quel serait-il ?
Jean-Marie BARBIER ---
Après une année 2012 mouvementée pour la politique du handicap, l'APF attend de cette nouvelle année l'annonce de mesures concrètes pour les personnes en situation de handicap. Trois domaines nous semblent primordiaux et seront au cœur de nos combats en 2013 : l'accessibilité universelle, la compensation intégrale des besoins liés à la perte d'autonomie et des ressources décentes pour les personnes en situation de handicap vivant sous le seuil de pauvreté.

Interview réalisé par 
Stéphane LAGOUTIERE 

 

 

Infirmier en santé publique, Benoît Felix ici sur un plateau de télévision locale informe sur le sida, et la sexualité, les personnes vivant avec un handicap mental.Infirmier en santé publique, Benoît Felix informe sur le sida, et la sexualité, les personnes vivant avec un handicap mental. Il intervient depuis douze ans à travers l'Ile-de-France, principalement en instituts médico-éducatifs (IME) et en établissements et services d'aide par le travail (Esat). Employé par le centre régional d'information et de prévention du sida (Crips), ce «chargé de prévention des risques sexuels auprès de publics vulnérables» explique comment il aborde ce sujet encore tabou pour les professionnels et les parents. 

Olivier BONNIN : Est-il difficile de mener une prévention des infections sexuellement transmissibles (IST) auprès des personnes touchées par un handicap mental ?

Benoît FELIX : La première difficulté est que la sexualité de ces personnes est extrêmement taboue. Les déficients et les handicapés mentaux sont souvent traités comme des enfants, et les professionnels comme les parents préfèrent généralement ne pas savoir. Pourtant, depuis 1996 une circulaire demande aux établissements qui les accueillent de s'investir dans la prévention du VIH. De plus ce public est particulièrement vulnérable face aux IST et aux abus sexuels. Une jeune femme avec un handicap mental léger est une proie rêvée pour un prédateur sexuel !

Une seconde difficulté est la variété des profils, dans les établissements où nous intervenons. Il n'est vraiment pas évident de faire passer un message sur le préservatif à un autiste, contrairement aux usagers n'ayant qu'une déficience mentale légère. Face à ces groupes souvent très disparates, il nous faut «niveler par le bas» nos explications.

Olivier BONNIN : Comment vous y prenez-vous ?

Benoît FELIX : Nous commençons par les bases de l'anatomie. J'utilise des dessins, représentant le corps et les actes sexuels, ainsi que des dessins animés pour enfants, ou encore des représentations de vagins en plastique...

J'aborde, ensuite, le cadre légal. Il importe de rappeler à ces personnes leur droit à la sexualité. Les établissements, souvent issus du mouvement chrétien, édictent parfois des règlements intérieurs proscrivant tout rapport sexuel. Elles y ont pourtant droit, comme les autres ! Parallèlement, je leur apprends qu'elles peuvent refuser tel ou tel acte sexuel.

Olivier BONNIN : Intervenez-vous également auprès des professionnels ?

Benoît FELIX : Oui, depuis huit ans, par des formations proposées chaque année. Là encore, il faut reprendre les bases ! J'ai connu un éducateur spécialisé persuadé que le VIH ne se transmettait pas par relation anale... Nous leur rappelons donc les différentes étapes de la vie sexuelle, puis l'anatomie, ainsi que le cadre légal. Nous leur présentons aussi différents matériels pédagogiques à leur disposition. Surtout, nous tentons de les rassurer, afin qu'ils puissent aborder le sujet par eux-mêmes dans leurs établissements. Malheureusement, les professionnels désireux d'engager une action sur la sexualité paraissent parfois suspects aux yeux de leurs collègues...

Olivier BONNIN : Vous n'intervenez qu'en Ile-de-France ?

Benoît FELIX : Oui, mais les Plannings familiaux peuvent proposer des interventions similaires partout en France !

Propos recueillis par la Gazette Santé Sociale
Par Olivier Bonnin

Martine Carrillon-Couvreur, député de la Nièvre, vice-présidente de la Commission des affaires sociales et nouvelle présidente du CNCPH lors du colloque Entreprises et Handicap du 15 novembre  © François Daburon / RIVINGTON En pleine semaine pour l'emploi et pour la première fois a été organisée une conférence parlementaire avec pour objectif celle d'une réflexion sur le handicap comme levier de performance dans l'entreprise et les façons de lutter contre les nombreuses idées reçu. Un Colloque intitulé "Entreprise et Handicap animée par Martine CARRILLON-COUVREUR député socialiste de la Nièvre et vice-présidente

de la commission des affaires sociales Celle qui est depuis quelques jours la nouvelle présidente du Conseil Nationale Consultatif des Personnes Handicapées, une nomination lequel certaines associations regrettent le caractère politique de celle-ci, nous dresse un aperçu de la vision des parlementaires sur la situation des travailleurs handicapés et l'utilité de la XVIe semaine pour l'emploi organisé par l'ADAPT et l'AGEFIPH et le FIPHFP. 

Une femme qui se dit satisfaite de cette journée de réflexion et qui dresse un bilan positif « Nous voyons le travail des grands groupes en faveur des personnes handicapées, les freins mais aussi les succès de ces années passées pour leur inclusion dans l'entreprise ». Une conférence auquel ont assisté beaucoup de représentant du monde associatif et économique et des entreprises et politique.

FHI --- Pensez-vous que les députés ont une bonne notion de « l'emploi des travailleurs handicapés » ? Alors même que les handicapés sont très peu représentés au sein des hémicycles ou très peu employés dans le fonctionnement administratif ?

Vue d'ensemble sur les intervenants lors du colloque entreprises et handicap le 15 novembre Le législateur a pour mission constitutionnelle de voter la loi et je peux vous assurer que les députés rencontrent des personnes en situation de handicap, sont sensibilisés par les associations concernant leurs attentes.

Par ailleurs, je tiens à souligner que lors des deux dernières législatures, les députés de mon groupe parlementaire et moi-même, avons beaucoup auditionné, proposé, présenté des propositions de loi pour améliorer les situations individuelles et les besoins d'accompagnement repérés.

Cependant, nous pouvons encore améliorer l'information et la connaissance des situations diverses.

Il existe, entre autre, de sérieux progrès à réaliser en matière d'éligibilité des personnes en situation de handicap.

FHI --- La loi sur les emplois réservés date de 1987. Revue et modifiée par la suite, notamment en 2005, n'estimez-vous pas anormal que les entreprises françaises et les trois collectivités publiques n'aient pas réussi en 30 ans à atteindre les 6% exigés? Quelles en sont les raisons selon vous ?

Durant la 13e législature, j'ai interrogé l'ensemble des ministères pour savoir quel était le taux de personnes en situation de handicap employées dans leur service et le montant des amendes ainsi payées.

Nous ne pouvons que déplorer le trop faible taux d'employabilité actuel des personnes en situation de handicap et regretter que les collectivités publiques comme les entreprises n'aient pas encore, pour la plupart d'entre elles, atteint les 6% exigés par la loi.

Aussi, il convient de convaincre et de porter un nouveau regard à l'instar des initiatives telles que le colloque qui vient de se dérouler à l'Assemblée Nationale sur le sujet : « handicap et entreprise » et qui a rassemblé de nombreux participants issus de tous les milieux : économique, social, associatif et politique.

Il faut favoriser l'accès à la formation, à la qualification et cela tout au long de la vie.

FHI --- Vous dites que le handicap peut être un levier de performance pour les entreprises. Comment expliquer que celles-ci parlent d'intégration et non « d'inclusion » comme l'avait défini la loi de 2005 ?

Le mot « inclusion » est un concept sociologique et non pas économique mais l'intégration ou l'inclusion doivent permettre de porter un projet global et conforme aux droits des personnes. Il ne faut pas perdre de vue que le monde de l'entreprise est d'abord préoccupé par des contraintes économiques et de rentabilité. Cependant, nombre d'entre elles font preuve d'une approche citoyenne qui inclut les personnes et qui les considère, de la même manière, que les personnes valides.

Elles témoignent, dans cette démarche, de leur volonté de s'attacher d'abord aux compétences des personnes plutôt de s'attarder à leur handicap.

Je pense qu'il faut veiller au contenu des accompagnements et s'appuyer sur les réussites de ces entreprises.

FHI --- Un sondage IFOP, publié à l'occasion de la 16ème semaine pour l'emploi des personnes handicapées, indique que seulement 61% des entreprises de plus de 20 salariés respectent la loi du 11 février 2005 imposant d'employer 6% de personnes handicapées, sous peine de sanctions financières. Quels sont selon vous les freins au recrutement ? Pourquoi 64% des dirigeants pensent qu'employer une personne handicapée est difficile ? Comment lutter contre les discriminations ?

Les freins au recrutement sont l'absence de qualification de ces personnes et sont clairement définis comme tels par les employeurs. Mais, force est de remarquer qu'il existe d'autres facteurs comme l'absence de connaissance des handicaps de la part des employeurs, l'absence d'information relative à l'adaptation des postes de travail et la connaissance des capacités et des compétences des personnes handicapées.

La lutte contre les discriminations est possible grâce à une meilleure information, par des actions concrètes, des rencontres régulières entre les employeurs et les publics concernés.

FHI --- Le manque de formation et de qualification des personnes handicapées est souvent invoqué par les entreprises. Cette excuse ne devient-elle pas un peu trop facile ? Ne pensez-vous pas que les responsabilités sont partagées notamment par les difficultés de scolarisation ou le manque de formation dans les entreprises ?

Sur la scolarisation des enfants, la loi est claire et précise. Le principe veut que les enfants puissent suivre une scolarité en milieu ordinaire mais il faut tenir compte du handicap des enfants pour élaborer, avec eux, les professionnels et les parents, un projet personnalisé cohérent et réaliste. Il appartient aux pouvoirs publics de mettre en œuvre les exigences de la loi. Sur ces sujets, nous avons progressé mais il faut maintenir les exigences qui permettront l'accès à la scolarisation et à la formation.

Sur le manque de formation des entreprises, il faut encager de véritables partenariats et nouer un dialogue pérenne pour les inciter à employer des personnes handicapées. Par ailleurs, je suis convaincue que la formation tout au long de la vie est également un moyen destiné à permettre des évolutions professionnelles.


De Gauche a droite Gisèle Biémouret, députée du Gers, vice-présidente du Conseil général du Gers en charge de l’insertion, Denis Jacquat, député de la Moselle, membre de la Commission des affaires sociales Isabelle Debré, sénateur des Hauts-de-Seineco-rapporteur sur l’application de la loi du 11 février 2005 relative au handicap, Martine Carrillon-Couvreur © François Daburon / RIVINGTON FHI --- Quel bilan tirez-vous de la conférence parlementaire qui a eu lieu aujourd'hui ? A-t-elle permis de bouleverser les idées reçues ?

Cette conférence fait preuve, en premier lieu, d'audace et d'optimisme car affirmer que le handicap est un levier de performance n'est pas courant dans les colloques ou les rencontres que j'effectue chaque semaine. Aussi, il faut saluer cette initiative. J'ai pu découvrir beaucoup de témoignages extrêmement riches.

Nous voyons le travail des grands groupes en faveur des personnes handicapées, les freins mais aussi les succès de ces années passées pour leur inclusion dans l'entreprise.

Autant d'initiatives qui transforment les représentations que nous avons sur ces sujets.

FHI --- Pour conclure cette interview, la ministre vous a nommée au poste de Présidente du Conseil national consultatif des personnes handicapées pour les trois prochaines années. Quelles sont pour vous les grandes priorités à venir ?

Une des premières priorités sera de mettre en lumière, à mon sens, le besoin d'accessibilité voulu en 2015. Nous savons que cette obligation légale sera difficile à tenir pour l'ensemble des dispositifs concernés. L'accessibilité ne se limite pas, par ailleurs, aux seuls bâtiments, elle se conçoit comme une exigence qui doit traverser l'ensemble des sphères d'activités des personnes comme le sport, la culture, les loisirs etc..

L'autre priorité sera à porter sur la barrière d'âge et la convergence des politiques publiques en faveur des personnes handicapées vieillissantes. Mais, de nombreux sujets restent d'actualité. Il faudra axer notre vigilance sur l'avenir des jeunes adultes maintenus dans des établissements faute de places (amendements CRETON), leur scolarisation, les transports, les situations des infirmes moteurs cérébraux, les problématiques soulevées par les établissements médico-sociaux...

Il y aura bien évidemment beaucoup d'autres sujets. Chaque membre aura sans nul doute des propositions à formuler et des réflexions à proposer. Le CNCPH est une instance de dialogue et je serai attentive à ce que la parole puisse circuler librement et que tous les thèmes présentés puissent être débattus.

Interview réalisé a Paris
Par Stéphane LAGOUTIERE 

 

* Liste des participants sur la photos d’ensemble : De gauche à droite Jean-Marie Barbier, président de l’APF, François-Noël Tissot, président de la commission Handicap, ADDRH Benoît Aubert, administrateur de l’ADMDPH Gisèle Biémouret, députée du Gers, vice-présidente du Conseil général du Gers, Denis Jacquat, député de la Moselle, membre de la Commission des affaires sociales Martine Carrillon-Couvreur, Isabelle Debré, sénateur des Hauts-de-Seine, co-rapporteur sur l’application de la loi du 11 février 2005 relative au handicap, Arnaud de Broca, secrétaire général de la FNATH Gérard Bayol, directeur général délégué en charge du Pôle entreprises et institutionnels,

Marie-Arlette CARLOTTI dans son bureau a Paris À mi mi-parcours de la semaine pour l'emploi des personnes handicapées, nous avons interrogé Mme Marie Arlette CARLOTTI plus de six mois après son arrivé a ce ministère en charge des personnes handicapées et de l'exclusion.

Une manifestation auquel la ministre sera très présente, aujourd'hui même elle assistera a la première conférence parlementaire qui aura lieu sur le thème de l'emploi et du handicap et organisée par l'ancien député Mme Martine CARRILLON-COUVREUR désormais présidente du Conseil national consultatif des personnes handicapées. 

Une semaine qui se déroule avec un taux de chômage record de 22 % pour lequel malheureusement pas vraiment d'explication nous sont donnée. Les emplois d'avenir et autres solutions mis en place par ce nouveau gouvernement sera-t-elle suffisante ? Voici ce que nous a répondu Mme la Ministre.

FHI --- Avec un chômage en progression constant depuis 20 ans et taux record de 22 % et + 13,9 % en 2011, comment expliquez-vous l'échec des différents gouvernements ?

Marie-Arlette CARLOTTI : Ces chiffres sont évidemment désolants. Les personnes handicapées ont un taux de chômage équivalant au double de celui de la population valide. L'année dernière, il a augmenté beaucoup plus fortement que l'augmentation moyenne du chômage. Pour les entreprises en période de crise, l'embauche des travailleurs handicapés est plus difficile qu'en période de croissance.

FHI --- Emploi d'avenir oui, mais croyez-vous que cela puisse être l'unique solution ?

Marie-Arlette CARLOTTI : Trop de jeunes de notre pays n'ont pas accès au monde du travail. Les emplois d'avenir constituent une première expérience professionnelle et une chance d'acquérir une qualification.
Les emplois d'avenir reposent sur une ambition collective et mobilisatrice : offrir une véritable insertion professionnelle à des jeunes peu ou pas qualifiés. Ce programme aura un impact tout à fait considérable. Ce sont 100.000 jeunes chômeurs qui vont trouver un emploi dans les prochains mois et ensuite 150.000 par an. Nous avons fait inscrire un volet handicap dans ce dispositif. De nombreux jeunes handicapés qui pourront être recrutés jusqu'à l'âge de 30 ans (au lieu de 25 ans pour les autres jeunes). Avec ces emplois d'avenir, nous disons aux jeunes que la société ne les abandonne pas.

FHI --- L'AGEFIPH a cette année 25 ans d'existence, avec de 17.7 % à quota 0 et 31 % a moins de 4 %, pensez qu'ils soient possibles de parler de réussite et voyer-vous des reformes dans son organisation ?

Marie-Arlette CARLOTTI : L'emploi des personnes handicapées dans les entreprises augmente trop lentement mais il augmente régulièrement. Et l'action de l'AGEFIPH y est pour beaucoup. Sensibiliser des dizaines de milliers de petites entreprises à la question du handicap est un travail de longue haleine et l'AGEFIPH y consacre une énergie considérable dont je reconnais les résultats positifs. Il faut continuer ce travail en le concentrant sur les personnes dont le handicap représente un vrai frein à l'embauche ou au maintien dans l'emploi.

FHI --- Tous les gouvernements successifs ont toujours mis en avant le manque de formations chez les travailleurs handicapés, le défaut de scolarisation et le manque d'AVS et moins 0,5 feront des études supérieur. Ne sont-ils pas responsable de cette situation ?

Marie-Arlette CARLOTTI : L'insertion en milieu ordinaire est l'un des objectifs que je poursuis au sein du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Cette question doit donc être posée dans toute sa complexité, il s'agit ici de toucher à la fois à la scolarisation, à l'accès à la formation et à l'enseignement supérieur.

Pour les enfants et adolescents en situation de handicap, j'ai lancé le 16 octobre dernier avec ma collègue George Pau-Langevin, un groupe de travail sur la professionnalisation du métier d'accompagnant qui rendra ses travaux en 2013. Dès septembre, nous avons pris des mesures d'urgence avec 1.500 AVS supplémentaires.

Pour les étudiants en situation de handicap, seulement 11.000 d'entre eux accèdent à l'enseignement supérieur. C'est bien trop peu ! Il faudra changer cela rapidement.

Un rapprochement entre les universités et les entreprises est également nécessaire, afin de mieux anticiper l'entrée dans le monde du travail, il permettra aussi à l'entreprise de se préparer à accueillir les travailleurs en situation de handicap de façon plus qualitative. La charte Universités/handicap intègre cet engagement. En parallèle, de nombreuses grandes entreprises, soucieuses de recruter des professionnels d'un niveau élevé de qualification, font largement connaitre leurs offres ; cela s'accompagne parfois de formes innovantes d'aide à l'étudiant handicapé.

FHI --- Avec une moyenne en baisse, en 2012 située à 4,2 % pour les trois fonctions publiques au-dessous du secteur privé, comment expliquez-vous que l'État n'a pas été le premier à donner l'exemple ?

Marie-Arlette CARLOTTI : Historiquement, l'Etat a été le premier à donner l'exemple puisque les premières législations sur le handicap avaient pour objectif de reclasser dans les administrations les blessés et invalides de guerre sur ce qu'on appelait les emplois réservés. L'Etat avait sans doute le sentiment d'avoir fait son devoir. Avec la loi de 2005, toutes les administrations ont la même obligation d'emploi de personnes handicapées que les entreprises et elles sont soumises aux mêmes pénalités. Je vous précise que les modalités spécifiques pour le recrutement de fonctionnaires handicapés sont efficaces et que les recrutements s'améliorent. D'autre part, les administrations ont une tradition de maintien dans l'emploi plus forte que les entreprises.

FHI --- Pour conclure, la 16e édition de la semaine pour l'emploi des travailleurs handicapés aura lieu du 12 au 16 novembre, pensez-vous que celle-ci joue encore son rôle d'instigateur ? Certains ne voyant qu'un rendez-vous marketing pour les grandes entreprises.

Marie-Arlette CARLOTTI : Bien entendu, cette semaine pour l'emploi des personnes handicapées conserve tout son rôle d'incitation au recrutement de travailleurs handicapés. Elle donne lieu à des centaines de manifestations sur tout le territoire, elle permet la rencontre de milliers de candidats à l'emploi avec des milliers d'employeurs potentiels. Pas seulement dans les grands groupes mais aussi dans beaucoup de TPE et PME. Et si les grands groupes se mobilisent pour l'emploi des personnes handicapées, nous ne pouvons que nous en féliciter.

Interview réalisé le 14 Novembre 2012
Par Stéphane LAGOUTIERE

2012.10.18.intervention-au-sénat-le-11-10-12Sénateur UMP, Philippe BAS, siège a la commission sénatoriale pour le contrôle de l'application des lois ou il occupe le poste de Vice-Président, pour lequel il d'ailleurs participé au rapport rendu par Isabelle Debré et Claire-Lise Campion. Avant d'être Président de l'Observatoire interministériel de l'accessibilité et de la conception universelle qui a rendu son rapport le 10 mai dernier.

Un homme au fait du handicap depuis de nombreuse années tant par son mandat locale puisque Vice-Président du conseil général de la Manche dans le canton : Saint-Pois, mais aussi par sa participation active a la création de la loi du 11 fevrier 2005 et la mise en place des MDPH. Le Président qui lors de la présentation a la presse a lui pointé le doigt sur le manque moyen étant l'une des quatre recommodations jugées comme essentielles. Un avis que ne partage pas la ministre, Mme CARLOTTI même si elle salue le rapporte. Interrogé sur les divergences qui peuvent néanmoins apparaître voici que Philippe BAS nous a répondu...

FHI --- L'Observatoire interministériel de l'accessibilité et de la conception universelle que vous présidez vient de rendre son rapport. Vous reconnaissez que l'échéance de 2015 et l'objectif d'une accessibilité généralisée ne seront pas atteints. Quelles sont les raisons de cet échec ?

Philippe BAS : Peut-on parler d'échec quand nous voyons l'évolution de nos villes depuis 2005? Mais on peut et même on doit s'interroger sur la réelle faisabilité en 10 ans d'une mise en accessibilité de 650 000 ERP et 350 réseaux de transports publics. La mise en accessibilité de la Cité nécessitait l'acquisition d'une compétence « accessibilité » par les bureaux d'études, les architectes..., le déploiement de méthodes de travail (faire un état des lieux, identifier les travaux nécessaires et les programmer) et la mobilisation de budgets conséquents. Sans oublier qu'il convenait de construire le cadre réglementaire pour que la loi devienne opérante.

FHI --- Quelle analyse porte l'observatoire du rapport paru en juillet dernier par la commission d'application des lois sur la loi du 11 février 2005 ?

Philippe BAS : Je partage l'analyse de Mesdames les sénatrices Isabelle Debré et Claire-Lise Campion : l'échéance de 2015 doit être conservée pour ne pas casser la dynamique enclenchée. Il appartient au Gouvernement, en concertation avec les associations de personnes handicapées, de prendre les dispositions pour que les objectifs de l'échéance de 2015 soient respectés. Dans cet esprit de responsabilité, l'Observatoire recommande qu'en zone rurale, les services de transport soient complétés par des transports spécialisés, évidemment sans surcoût pour l'usager handicapé, tant que les lignes régulières ne seront pas accessibles. Ainsi, un véritable droit au droit sera garanti aux personnes handicapées.

FHI --- Vous avez déclaré « Il faut aussi savoir se montrer raisonnable dans les travaux à réaliser compte tenu de la situation financière actuelle ». Exprimez-vous un accord avec le rapport de l'IGAS qui demande la mise en oeuvre de dérogation ?

Philippe BAS : Il convient de réfléchir à la nécessaire adaptation de la politique nationale d'accessibilité au contexte actuel de raréfaction des ressources budgétaires. Plusieurs propositions ont été émises : un report, explicite ou implicite, de l'échéance de 2015, l'identification d'ERP à rendre accessibles en priorité d'ici 2015, un aménagement des normes d'accessibilité, etc. L'Observatoire préconise la réalisation d'une évaluation des travaux d'adaptation et d'accessibilité, sur les aspects efficacité ergonomique et ressenti par l'usage. De cette manière, il sera possible d'identifier les solutions techniques efficaces les moins onéreuses et de les généraliser.

FHI --- Le rapport parle d'une politique d'accessibilité à plusieurs vitesses, ainsi 16 départements, moins de 2% de ces plans ont été adoptés et 4 d'entre eux n'ont engagé aucune concertation. Manque de volonté politique ou de moyens... ?

Philippe BAS : Il est vrai que près de 45 % des communes de moins de 500 habitants n'ont pas débuté la phase de diagnostic de leurs voiries. Ces communes ne disposent pas d'expertise interne sur l'accessibilité. Elles n'ont pas pu s'appuyer sur une expertise privée de qualité. De nombreux appels d'offre portant sur le diagnostic de la voirie ont été déclarés infructueux faute de candidats : le privé considérait comme inintéressants ces petits marchés.

De plus le rapport rendu par certains bureaux d'étude s'est avéré inexploitable. Vous voyez dans quelle situation inextricable se trouvent les petites communes C'est pourquoi j'ai proposé au Gouvernement de mettre à disposition des communes de moins de 500 habitants les directions départementales des territoires (DDTM) et leurs services « accessibilité ».

FHI --- Parlant d'une évolution une « indéniable mobilisation » vous dites qu'un ERP sur deux a réalisé des travaux d'accessibilité, globaux ou partiels, depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation. Comment cela est-il possible, car la majorité des chiffres parle de 15 à 20 % ?

Philippe BAS : Les commissions consultatives départementales de sécurité et d'accessibilité, les CCDSA, ont examiné 330 000 dossiers entre 2007 et 2011. La nature des dossiers instruits révèle que 22 % du parc actuel est composé d'établissements construits ou créés par changement de destination selon la nouvelle réglementation : ces établissements sont intégralement accessibles. De plus, 28 % du parc actuel a fait l'objet de travaux d'accessibilité, partiels ou globaux. Grâce à un travail de compilation des rapports annuels de ces commissions, il est possible d'indiquer que près d'1 ERP sur 2 a amélioré son accessibilité. Ces chiffres arrêtés au 31 décembre 2011 ont permis d'actualiser l'étude menée par Accesmétrie en mai 2010 qui précisait, pour sa part, que les gestionnaires d'ERP avaient déclaré spontanément avoir réalisé des travaux qui amélioraient de 15 % le niveau d'accessibilité des dits ERP.

FHI --- Beaucoup d'associations présentes sur le terrain à travers leur bénévole au sein des commissions d'accessibilité ont parfois le sentiment de ne pas être prises en considération ou écoutées ?

Philippe BAS : Deux types de commissions existent au niveau local, les CAPH et les CCDSA. Dans les CCDSA, les représentants associations de personnes handicapées se révèlent être particulièrement et beaucoup plus assidus que les représentants des gestionnaires et propriétaires d'ERP. Ils veillent au respect de la réglementation et savent exprimer les attentes en termes de qualité d'usage. Leur expertise est reconnue par les services de l'Etat qui les associent à leurs missions de conseil, de formation et de sensibilisation. Pour les CAPH, je vous invite à prendre connaissance du rapport qui va bientôt être publié par la DMA et qui décrit leur mode d'intervention auprès des élus.

FHI --- Le Premier ministre a confié aux deux sénatrices de la commission d'application des lois du sénat auquel vous appartenez, une mission d'étude de trois mois pour rattraper les retards du chantier 2015. Que vous inspire cette décision ?

Philippe BAS : Le contexte a changé depuis 2005 et l'adoption de la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées : budgétaire bien sûr, mais aussi technique. L'État s'est quant à lui réformé. Il convient de s'interroger sur les moyens les plus efficaces pour atteindre l'objectif d'une Cité accessible à tous, de libérer toutes les énergies pour réaliser ce projet de société. C'est l'objet de la mission confiée à Mme Claire-Lise Campion par le Premier ministre. Il importe, avec l'appui de tous les acteurs et partenaires de l'accessibilité, de faire un point d'étape et de réfléchir à ce qui a été efficace, ce qui l'a moins été. A partir de cette évaluation et des points de convergence, le Gouvernement pourra alors prendre les décisions nécessaires au respect des objectifs de la loi de 2005.

FHI --- la ministre Mme CARLOTTI a salué votre rapport exprimant l'échec du précédent en matière selon elle, mais ne semble pas d'accord avec vous sur le manque de moyens. Comment exprimez-vous cette contradiction ?

Philippe BAS : J'ai adressé le rapport 2012 de l'Observatoire le 2 octobre à la Ministre et celle-ci a fait part dans un délai très bref de son intérêt pour son contenu. La Ministre a particulièrement insisté sur un des points qui fait consensus au sein de l'Observatoire : celui de l'absence de système d'information national qui fait grand défaut à un moment où il importe d'évaluer les avancées en matière d'accessibilité. Elle a repris à son compte le fait que la mobilisation des acteurs est patente, mais que des disparités sur le territoire existent, ce que le rapport 2012 a particulièrement mis en évidence. Les travaux de l'Observatoire vont nourrir la réflexion de ma collègue Sénatrice qui vient de se voir confier une mission par le Premier ministre.

En tant que Président, je ne peux qu'être satisfait de l'impact du rapport 2012. Ce rapport, résultat du travail des 57 membres de l'Observatoire, s'inscrit parfaitement dans les travaux de mise en oeuvre de la loi de 2005.

FHI --- Dans vos conclusions vous rappelez l'importance d'une conception universelle de l'accessibilité. Quel objectif se fixe l'observatoire pour permettre enfin a une société qui puisse conçu pour tous et accessible a tous ?

Philippe BAS : La conception universelle, c'est-à-dire la « conception de produits, d'équipements, de programmes et de services qui peuvent être utilisés par tous, dans toute la mesure du possible, sans nécessité ni adaptation ni conception spéciale », est un concept nouveau en France. L'Observatoire a organisé le 9 décembre dernier une conférence fondatrice pour favoriser son développement. Des intervenants étrangers ont pu nous rassurer que la « conception universelle » bénéfice d'un terreau favorable en France grâce notamment à la réglementation accessibilité, la quête d'esthétisme qui serait inhérente au design français et une expertise en ergonomie qui permet d'identifier les besoins de tous les usagers. La France dispose d'atouts indéniables pour développer des produits créateurs de richesse, y compris à l'international et l'Observatoire veille à diffuser cette nouvelle approche.

Philippe BAS, Président de l’Observatoire de l’accessibilité et de la conception universelle, avec a sa droite Mmes EGYPTIENNE et PROST-COLETTA, représentant l'État, M.CHAZAL, président des associations d'aveugles et de malvoyants en arrière plan et Mme Christel PRADO, présidente nationale de l'UNAPEI et vice-présidente de l'observatoire© DP

 

 Interview réalisé par 
Stéphane LAGOUTIERE 

Suite a la présentation le 24 septembre, devant le Conseil de Paris, avait débuté sa première séance sur le thème du handicap et le vote du nouveau schéma. L'occasion pour la ville dont le budget à destination des personnes handicapées est passé de 108 M€ en 2001 a 276 M€ en 2012, de présenté les actions qui seront mise en oeuvre et de revenir avec Véronique DUBARRY sur ce vote qui souhaite maintenir « un effort au moins équivalent au cours des prochaines années ».

 Veronique DUBARRY lors de son intervention au conseil de Paris le 24 septembre 2012

FHI --- Vous avez eu l'occasion le 12 septembre dernier de monter la voirie parisienne à Marie-Arlette CARLOTTI en charge des personnes handicapées. Quatre ans peut-on dire que le handicap intégré dans toutes les politiques publiques comme vous le souhaitez en 2011 ?

Véronique DUBARRY : Si le handicap était intégré dans les politiques publiques « comme je le souhaite », je pourrais enfin plier mes affaires et fermer mon bureau d'adjointe au Maire de Paris chargée des personnes en situation de handicap. Car alors, la question du handicap serait complètement intégrée dans tous les dossiers. Aujourd'hui, on a encore besoin de la mouche du coche que je suis, qui doit constamment rappeler à chacun de prendre en compte la question du handicap dans son action.

Il y a du progrès, une certaine évolution des mentalités. Et je constate avec plaisir que l'on quitte le registre du compassionnel chichiteux gnangnan prôné par notre ancien Président de la République. Ce changement de point de vue est essentiel pour une amélioration de l'action.

FHI --- Le jour même un rapport, remet en cause l'objectif 2015 notamment sur les EPR en bâtit existant, avec deux causes essentielles selon eux les délais et le coût 17 Md€. Et proposition essentielle un report de dix ans. Comment percevez-vous le raisonnement de ces cinq rapporteurs ? Où est le principe de l'accessibilité universelle ?

Véronique DUBARRY : Vous parlez d'accessibilité universelle, et vous faites bien. Lorsque Marie-Arlette Carlotti a présenté le rapport à Paris, j'ai surtout entendu les rapporteurs préciser que pour les handicaps sensoriels, mentaux et psychiques, aucun report ne devait être admis. C'est dommage que les journalistes n'aient pas retenu ce point. Encore une fois, on se cantonne dans la vision handicap = fauteuil.

Idée communément admise qui implique une vision réduite du handicap et empêche les choses d'avancer. Je passe mon temps à marteler aux gestionnaires d'ERP que s'ils ne peuvent installer une rampe, agrandir leur porte, ils peuvent très bien, même si une dérogation leur est accordée par la commission en préfecture, installer une boucle magnétique sans débourser grand-chose, clarifier leur communication en français facile à lire...

Toutefois, je suis d'accord pour dire que les conclusions des rapporteurs ne doivent pas être entendues comme un constat d'abandon, mais comme une vision réaliste de la situation permettant d'intensifier l'action. Attention aux trop longues études ou rapports! Mais si le précédent gouvernement n'avait pas frileusement gardé ce dossier sous le bras, on aurait tout de même pu travailler plus tôt et mieux.

FHI --- La rentrée scolaire a eu lieu, il y a près de deux semaines, quel premier bilan peut-on donner sur l'inclusion des enfants en situation de handicap, alors que l'UNAPEI et d'autres associations ont lancé des messages à la mobilisation ?

Véronique DUBARRY : Plutôt un sentiment qu'un bilan, car on ne dispose pas encore des chiffres. La situation reste à améliorer, nous avons constaté encore des manques d'AVS et je me suis employée, avec ma collègue Colombe Brossel, adjointe au Maire en charge des affaires scolaires, à alerter le rectorat sur des situations ponctuelles. Mais pas autant que l'année dernière. Disons qu'on est passé d'une centaine à une soixantaine de situations difficiles.

Attention, les chiffres parisiens ne sont pas les chiffres nationaux. Et sur le qualitatif, il faut encore se battre. Le travail d'AVS ne peut pas s'accommoder de ce statut précaire et donc de ce turn-over trop important pour des enfants qui ont avant tout besoin d'être sécurisés, et donc de stabilité dans l'accompagnement.

 

 

 

 

 

Pour ce qui est des 60 CLIS à la rentrée septembre 2012– Classes pour l'inclusion scolaire, en collège - - nous estimons avoir répondu aux besoins. Côté ULIS et ULIS pro – Unité localisée pour l'inclusion scolaire, en lycée - , nous avons procédé à 6 nouvelles ouvertures pour un total de 58. Nous continuons d'absorber la demande toujours grandissante. Nous nous concertons avec le rectorat pour anticiper les ouvertures et répondre au mieux à la demande

FHI --- Le conseil de paris sera l'occasion de présenter le rapport de la mission d'information et d'évaluation sur les modes et méthodes d'attribution des logements sociaux à Paris. Beaucoup de personnes en situation de handicap connaissent toujours des difficultés pour obtenir des logements. Quand en est-il pour ces derniers ?

Véronique DUBARRY : Oui, les personnes en situation de handicap connaissent des difficultés de logement à Paris. C'est le lot commun de tous les Parisiens. Il faut tout de même noter que parmi les logements attribués par la Ville à Paris (juste une partie du logement social à Paris), par rapport à la demande, une proportion supérieure de logements est attribuée aux personnes handicapées.

Au-delà des chiffres, il faut adapter finement l'offre à la demande, attribuer un logement non seulement accessible, mais exactement adapté à son occupant. C'est pour cela que nous collaborons très étroitement avec les bailleurs sociaux: nous leur avons demandé de nommer chacun un référent handicap, de recenser les logements accessibles. Près de 130 000 logements, soit 26 % du parc, sont aujourd'hui accessibles : 78 000 à la canne et 53 000 aux fauteuils. L'objectif défini par le Plan Local de l'Habitat (PLH) est d'atteindre 40 % en 2020.

Nous avons aussi mis en place 77 ULS - les Unités de Logements Spécialisés – qui permettent à des personnes lourdement handicapées de vivre en autonomie chez elle, avec une domotique adaptée. Notre objectif est d'en avoir ouvert 200 en 2016.

Et là encore, nous pensons accessibilité universelle. Le personnel d'accueil des points logements en mairies d'arrondissements est en cours de formation à l'accueil des personnes en situation de handicap mental, avec les Papillons Blancs de Paris.

FHI --- Le maire et vous-même à l'occasion du conseil de paris les 24 et 25 septembre allez présenter la politique en direction des Parisiens en situation de handicap. Quelles seront les grandes lignes prises en 2013 ?

Véronique DUBARRY : Ces grandes lignes sont aussi incluses dans le nouveau schéma départemental du handicap 2012-2016 et dans le Plan de mise en Accessibilité de la Voirie et de l'Espace public présentés le même mois.

Mener une politique du handicap, c'est entretenir, parfois réajuster, tout ce qui a été lancé depuis 2002. Beaucoup de choses étaient nouvelles, indispensables, il faut maintenant affiner. Un véritable travail de fourmi, pas forcément facile à valoriser. Entretenir tous les dispositifs de voirie qui peuvent s'user ou dysfonctionner : bandes podotactiles, feux sonores ... et lancer de nouvelles études pour innover, parfois être les premiers comme nous l'avons été pour le PAM maintenant suivi par tous les départements d'Ile de France. Je vous l'ai dit, nous continuons la mise en place des ULS.

Et pourtant l'impression générale reste que peu de choses sont faites pour les personnes en situation de handicap, que Paris est inaccessible. Nous devons informer les Parisiens en situation de handicap de tout ce qui existe, de tout ce qu'ils peuvent faire. Le 25 octobre, nous sortons le guide : « Vivre son handicap » qui recense et compile les dispositifs parisiens existants, que l'on trouvait auparavant dispersés dans toutes les autres brochures de la Ville. Ce sera l'ouverture du Mois Extra-Ordinaire 2012, le quatrième, qui aura pour thème « Et si nous faisions vraiment connaissance » et qui verra une centaine d'évènements sur tout le territoire parisien, pour continuer à familiariser les Parisiens avec le handicap.

Veronique DUBARRY lors du DéfiFestival organisé le 27 et 28 septembre dernier a Paris

Interview réalisé par
Stéphane LAGOUTIERE