La vie des gens, un autre regard sur la dépendance
« La vie des gens » est un documentaire réalisé par Olivier DUCRAY qui montre la vérité du quotidien des personnes âgées sans misérabilisme. C’est un film juste, essentiel, tendre et lucide. Au terme de cette année de tournage, le réalisateur a ainsi pu traiter le thème de l’isolement et de la solitude. Un sujet dont le grand public a du mal à aborder mais il était important d’en parler afin de faire bouger les choses. Par ailleurs, Olivier DUCRAY voulait également à travers ce documentaire rendre hommages aux personnes qui accompagnent les personnes âgées dans leur fin de vie.
En 2050, un tiers de la population sera âgé de plus de 60 ans. C’est pour cette raison qu’Olivier DUCRAY à travers un documentaire de 85 minutes a souhaité aborder le thème de la dépendance et de l’isolement. Aujourd’hui, les personnes âgées veulent rester à domicile jusqu’à leur mort. Durant un an, le réalisateur a suivi une infirmière libérale, Françoise LAINE, dans son quotidien.
Olivier DUCRAY a voulu rendre hommage aux soignants et aux aidants mais surtout changer de regard sur nos ainés. Il faut arrêter de laisser au bout de la table nos parents ou grands-parents. Ce documentaire permet ainsi de poser des questions en filagrammes sans qu’on ait besoin de les poser. Chacun repart ainsi avec beaucoup de questions. Mais il voulait également montrer le lien humain et social qu’on a souvent tendance à oublier aujourd’hui dans notre société.
« Heureusement que j’ai mes vieux car ils prennent soin de moi comme moi je prends soin d’eux. Je vais avec plaisir chez ces gens. J’ai commencé ma carrière à 24 ans, un monsieur me disait vous enlever votre manteau et vous le remettez, vous allez donc m’accorder du temps pour une piqure qui ne durait que cinq minutes. Après ce qui compte, c’est la qualité du moment. Après j’aime les gens », nous a confié Françoise LAINE.
Trois questions à Olivier DUCRAY :
FHI --- Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser ce documentaire ?
J’ai une empathie et d’affection pour les personnes âgées. J’ai toujours trouvé étonnant qu’à Paris ces femmes et ces hommes apparaissent comme des ombres qui rasent les murs. Je me suis toujours demandé ce qu’il se passait dans ces appartements. Après le thème de l’isolement et de la solitude est au cœur de mon travail. L’opportunité était alors de rencontrer une infirmière libérale. En l’occurrence, Françoise est un vrai personnage. Elle représente ainsi dans une dimension humaine le travail au quotidien de ces confrères et consoeurs. Mais Françoise nous offre ainsi la possibilité de réaliser un tel film sur des sujets difficiles que l’on peut traiter avec légèreté et humour.
FHI --- Comment s’est passé le tournage ?
Olivier DUCRAY : Etonnamment bien car la personne âgée a totalement confiance en son soignant. On était que deux pour réaliser ce tournage d’un an et on a hérité de cette confiance qu’ils avaient en Françoise.
Après on les a mis à l’aise en leur expliquant qu’il ne fallait pas faire attention à la caméra. C’était un vrai échange avec eux. Après on a réalisé un petit film pilote pour s’assurer qu’ils ne seraient pas intimidées par la caméra. On avait du matériel léger sans micro-perche. Après ils ne savaient pas quand on allait passer. Ils ne se préparaient pas à nous recevoir et on était dans le prolongement de Françoise.
FHI --- Avec ce documentaire, pensez-vous qu’on aura un autre regard sur la dépendance ?
Je veux offrir un autre regard. J’ai eu la chance de suivre pendant un an Françoise. Un luxe que n’ont pas les pouvoirs publics. Ce témoignage s’inscrit dans la urée et il va plus en profondeur que les reportages que l’on peut voir sur ce sujet. J’espère qu’à son petit niveau, ce film va nourrir les réflexions de nos décideurs sur ce qu’est réellement la dépendance ainsi que sur le rôle du soignant au-delà des soins. Pour le grand public, la personne âgée est une personne à part entière. Mais ce qui est terrible, c’est que les gens ont peur des vieux car ils ont peur de vieillir. Aujourd’hui, notre société voit un culte au jeunisme et tout ce qui est vieux est à jeter. Mais Françoise dit que les vieux sont encombrants. C’est terrible !
FHI --- Quel message avez-vous envie de transmettre à travers ce film ?
Olivier DUCRAY : Le film n’estpas moralisateur et je ne veux culpabiliser personne. Je ne sais pas comment je réagirai lorsque mes parents auront quatre-vingt dix ans. C’est curieux de constater en France par rapport à d’autres pays d’Europe, les générations se sont disloquées. Chez nos voisins européens, on peut voir que les personnages âgées vivent avec leurs enfants. Est-ce que c’est bien normal de laisser au bout de la table nos parents et grands-parents et de les considérer comme des poids ? Ç défaut de les prendre chez soi car c’est compliqué matériellement, offrons-leur un moment de complicité.
FHI --- Quelques difficultés pour financer ce projet
Olivier DUCRAY : En raison d’une contrainte de temps puisqu’Olivier DUCRAY voulait tourner du 31 décembre au 31 décembre 2013, on n’a pas eu beaucoup de temps pour trouver des financements classiques. Par la suite, on a mis en place ue campagne de financement participatif pour couvrir nos frais. Malheureusement, on a rencontré beaucoup de difficultés pour des raisons artistiques. Ils ont alors fait appel à Assystel pour les aider à mettre sur pied ce projet.
Ils ont décidé de se tourner vers les institutionnels pour financer ce film. « Grâce à Urgo, Infirmiers.com, Cba et de l’assureur des professionnels de la santé, la MACSF et d’Assystel, on a pu financer totalement notre film. Cela n’a pas été de tout repos car à chaque fois il fallait convaincre nos partenaires. C’était un vrai pari pour eux mais ils nous ont soutenus, financés et ils nous ont laissés carte blanche pour faire notre film », a expliqué le producteur, Hervé HOUSSOU.
Maintenant reste à convaincre le ministère de la Santé et de l’Éducation nationale du bien-fondé de ce film. Mais il pourrait avoir un impact plus fort auprès de nos décideurs. « La vie des gens » offre ainsi un nouvel éclairage sur la dépendance alors que le projet de loi relatif au vieillissement est en seconde lecture à l’Assemblée nationale depuis le 20 mars dernier. Espérons alors que les pouvoirs publics auront une oreille attentive à ce documentaire…
La Rédaction
Publication : 03/04/2015
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