Les sourds fiers de leurs langues revendiquent plus que jamais sa reconnaissance ! dans une «marche de la fierté»
A la veille de la journée internationale de la langue des signes dont la date a été fixée par , quelques centaines de sourds venus manifester à Paris, Place de la République le 22 septembre dernier pour un droit a la reconnaissance de la langue des signes. Un droit qu’il revendique pour eux comme pour leurs enfants dont 20 000 enfants sourds scolarisés en France, seuls 4 à 5% le sont en LSF. Une langue qui représente non seulement une identité mais aussi une culture par sa diversité comme la langue parlée différente pour chaque pays et même différente localement dans un même pays.
« La fierté d'être sourds »…
Une manifestation qui aura réuni quelques dizaines de participants sous la bannière de plusieurs associations et notamment Fédération Nationale des Sourds de France avec parfois le passage de quelques élus locaux comme l’adjoint au maire de la ville de Paris Nicolas NORDMAN chargé des personnes en situation de handicap et de l’accessibilité. L’élu au côté de Vincent COTTINEAU, président de la Fédération Nationale des Sourds de France (FNSF), qui s’est félicitée de ce rassemblement « venu valorisé et enseigner la langue des signes pour favoriser l’inclusion ». Vincent COTTINEAU qui aura inauguré cette journée depuis une tribune en signant « aujourd'hui, c'est notre marche de la fierté, la fierté d'être sourds ».
Des manifestants qui auront ensuite scandé en LSF, leurs colères pour ce qu’il considère comme un déni pourtant reconnu y compris par l’Europe depuis 1988. Des femmes, des hommes et des enfants venus signer « Tu veux m'inclure ? Laisse-moi signer » et « Étudiants sourds debout ! Revendiquons notre droit à l'éducation ». Une revendication sous la forme ou encore sur des pancartes brandies par sourds et entendants de tout âge, au milieu de ballons et des drapeaux bleus turquoises.
Une langue des signes « interdite » ?
Les enfants sourds et malentendants bientôt mis à la porte des écoles ? C'est ce que redoutent des parents d'élèves dénoncent depuis des années un accès à la scolarité de plus en plus compliquée pour leurs enfants s'exprimant en
Langue des signes française (LSF). Des parents qui avaient lancé un mouvement sous l’impulsion de deux associations ANPES (Association nationale de parents d'enfants sourds), et la FNSF en mai dernier sous l’hashtag #BaguetteMagique, afin d’interpeller le ministre de l'Éducation nationale et dénoncer l'inertie du gouvernement.
Une langue dont les sourds ont aujourd’hui le sentiment d’avoir un sentiment d’« interdiction d’exercer » comme le dénonce Catherine VELLA, présidente ANPES y compris même au cœur des services publics ou « Dans tous les hôpitaux, les médecins ORL disent aux parents de ne surtout pas signer avec leurs enfants », s'indigne-t-elle auprès de l’AFP. Les parents, ajoute telle, à qui ont affirment « Si, vous apprenez la LSF à votre enfant, il ne pourra jamais communiquer oralement ». Une privation et droit qui a terme n’aura que pour conséquence d’empêcher de pouvoir véritablement accéder à une société inclusive. « L'en priver, c'est criminel », affirme Mme VELLA, mère d’un garçon âgé de 11 ans qui a la chance de poursuivre une scolarité dans un établissement scolaire.
Un rejet de la langue des signes regrette le président Vincent COTTINEAU ou « Des établissements médico-sociaux utilisent la LSF à contre-coeur et en dernier recours, quand l'enfant présente des signes inquiétants d'échec linguistique, psychoaffectif et scolaire », se désole le président de la FNSF. Au final, « il y a plus de locuteurs entendants qui maîtrisent la LSF que de locuteurs eux-mêmes sourds », précisé t-il a l’AFP. Alors qu’a contrario de forme d’interdiction la langue des signes ne cesse de suscité un intérêt auprès du public entendant avec des cours et initiations qui se multiplient comme a Toulouse capitale depuis longtemps des sourds et qui aura vu la faillite de l'entreprise adapté Web Sourd.
Un long apprentissage…
À la différence de la parole ou un enfant peut rapidement en moins de trois ans avoir un langage verbal correct. Une langue dont l’apprentissage s’il est réalisé depuis le plus jeune âge voire comme la seule langue permettra à un enfant de six ou sept ans d’avoir une conversation de très bonne qualité avec son environnement.
Reste que selon l’ANPES que l’accès a cette scolarité reste un parcours difficile pour les 18 à 20 000 enfants sourds actuellement scolarisés, seuls 4 à 5 % ne le serait dans la langue des signes. Selon la Fédération, celle-ci recense moins d'une vingtaine de classes, dans tout le pays réparti dans trois régions, où « l'enseignement est accessible en LSF ». Selon la Fédération, celle-ci recense moins d'une vingtaine de classes, dans tout le pays réparti dans trois régions, où « l'enseignement est accessible en LSF ». Des enfants dont beaucoup n’auront jamais accès à la lecture.
Un accès pourtant reconnu par l’Europe juin 1988, puis par la France dans la loi 11 février 2005 dans les articles 19 et l'article 75 modifiant notamment les articles du Code de l'éducation L.112-2-2 la liberté de choix au sein du parcours scolaire entre une communication bilingue - langue des signes et langue française - et une communication en langue française de droit. Et par l’article du Code de l'éducation L. 312-9-1 qui stipule que tout élève concerner doit pouvoir recevoir un enseignement de la langue des signes française.
Si pour certains les apprentissages ont pu être réalisés en famille dès le plus jeune âge, beaucoup d’autres le découvrent bien plus tard souvent contraint dans leur jeunesse à une implantation cochléaire fortement décriée par la communauté sourde. Une communauté de sourds ou ils sont ainsi nombreux à n’avoir découvert la langue des signes plus tard, à l'adolescence, comme Frédéric, un jeune Toulousain âgé de 21 ans, né sourd dans une famille d'entendants. Retrouvant « l’usage de la parole » qu'en intégrant le lycée a l’âge de 15 ans. Une découverte et apprentissage qui aura été « longue près six ans avant de pouvoir vraiment signer et me faire comprendre avec les autres ». Une langue dont ce jeune qui poursuit ses études d’informatique considère comme « une richesse de la culture sourde ».
Un refus de l’appareillage…
Une reconnaissance qui passe pour de nombreux sourds et associations par un refus systématique de la politique implant cochléaire. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Un petit appareil électronique inséré chirurgicalement dans les os du crâne qui transforme les informations auditives en impulsions électriques transmises au nerf auditif. Cela crée des sensations sonores dans le cerveau. A lui alors de s'efforcer à donner un sens à ce codage. Une implantation imposée à centaines d'enfants sourds parfois dès leurs premières années de leur vie. Une obligation qui selon les associations « ne garantit nullement, même en cas de gains auditifs, un accès facile à une langue première ».
Un implant afin de soi-disant garantir l’accès avec ses proches, une thèse là aussi refusée par les associations pour qui « la sécurité linguistique et affective pour l'enfant sourd est garanti par l'accès à la langue des signes ». Une situation pour laquelle Olivier FALORNI, député de la Charente-Maritime, avait interpellé en juillet dernier Sophie CLUZEL sur « les conséquences de l'implantation cochléaire des enfants sourds ». Une réponse somme tout très spartiate et qui défend les fabricants affirmant que les « conséquences de l'implantation seront connues grâce à l'inscription obligatoire dans un registre post exposition de l'implant cochléaire ».
En consultant les parties publiées de ce registre, on s'aperçoit du rôle majeur des fabricants d'implant dans sa constitution. On note que les données concernant les 2 328 implants adultes et enfants ne sont pas exhaustives. On remarque malgré tout 203 patients avec complications et 24 explantations. Ce dernier chiffre mérite manifestement d'être rapidement actualisé et les motifs des explantations précisés.
La nécessité d’un regroupement…
Seule reproche de cette manifestation désormais reconnue par l’ONU celle d’une journée qui s’ajoute à de multiples manifestations le 23 septembre comme la journée mondiale des sourds ou la Semaine des sourds. Si personne ne conteste l’utilité d’un tel rendez-vous, ne serait-il peut-être pas plus judicieux que les différentes associations nationale et mondiale puissent s’entendre sur un seul événement plus fédérateur…notamment pour le public entendant. Pour ceux intéressé par la question et qui voudrait commercer un apprentissage, voila un livre paru en Septembre 2017 « La Langue des signes française pour les nuls » aux éditions First et qui vous permettra d’aborder la question sereinement.
Stéphane LAGOUTIÉRE
Publication : 24/09/2018
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