Le CSA dénonce une absence du handicap dans l’audiovisuel, une réalité présente dans tous les médias
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a dévoilé aujourd'hui son . Un rapport présenté par son président Olivier SCHRAMECK, en présence de Mme Mémona HINTERMANN-AFFEJEE et de la secrétaire d’État Sophie CLUZEL. Un bilan qui reste « contrasté », et qui témoigne surtout d’un manque d’intérêt des chaînes françaises sur le sujet. Pour le CSA, « le constat est chaque fois le même, le handicap ne semble pas être considéré comme télégénique, ou difficile à appréhender médiatiquement ». Pire comme le dénonce le syndicat Handi-Presse Info, l’emploi de salariés handicapés dans le monde des médias et notamment audiovisuels restent quasiment inexistant.
« Le handicap un vrai sujet »…
Olivier SCHRAMECK, ouvrant la conférence de presse aura rappelé l’importance du « rôle de la régulation audiovisuelle au service de la pleine inclusion sociale du handicap ». Le président qui reviendra sur les différentes évolutions et la mise en œuvre des chartes depuis 2014 ou comme celle concernant la langue des signes depuis 2015, s’ajoutant aux précédentes chartes du sous-titrage et de l’audiodescription. Mais aussi sa volonté de « renforcer la relation entre le CSA et le conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) ».
La journaliste et membre du CSA Mémona HINTERMANN-AFFEJEE, qui aura supervisé le rapport, parlera-elle dans son intervention d’un « rapport contrasté, mais qui témoigne d’une prise de conscience partagée celle d’une liberté de communication audiovisuelle qui doit être effective pour tous, sinon elle ne l’est pas ». Précisons, indique-t-elle que le handicap « est aujourd’hui devenu un vrai sujet ». Peut-on dire alors que le handicap n’était pas un sujet de priorité jusqu’à maintenant ? On pourrait avoir tendance à le croire les chaînes de télévision préférant oublier leur engagement au profit de la rentabilité. Pour preuve d’ailleurs, des émissions comme l’œil et la main diffusée sur France Télévisions uniquement le matin ou alors en rediffusion à 23 h 30, un peu tard me diriez-vous pour ce qui est qui iront travailler le lendemain !
Oui, le handicap reste un véritable sujet, la question est surtout de savoir quand il deviendra une réalité ! Mémona HINTERMANN-AFFEJEE nous affirme qu’il « faut montrer les personnes handicapées ! » Très bien. Proposant à ce titre la rédaction d’une nouvelle charte relative « à la représentation du handicap » sera-t-elle véritablement la solution ?
Le CSA qui annonce également à cette occasion vouloir élaborer « un lexique des bons termes employés face au handicap pour éviter les propos ou expressions blessantes sans tomber pour autant systématiquement dans le compassionnel », sera-t-il véritablement pris en compte dans le monde de l’audiovisuel par certains.
Pour la secrétaire d’État en charge des personnes handicapées, Sophie CLUZEL, qui considère qu’il « y a beaucoup trop d'abus dans le langage quotidien qui risquent de nuire à la représentation des personnes handicapées » ce lexique serait une solution. Précisant, que la préparation des prochains « jeux paralympiques, en 2024, sera aussi l’occasion de faire évoluer les mentalités ». Des engagements qui avaient été pris également, en 2005, pour l’accessibilité et qui, en 2015, auront été finalement reportés à 2029.
Présence a l’écran « encore marginal »…
Une représentation du handicap qui demeure « encore, en 2018, à l’antenne très marginale. Nous devons travailler avec le CSA pour changer le regard et faire des médias les acteurs d’une société pleinement inclusive », regrette Sophie CLUZEL tout comme le CSA. Une présence à l’écran qui n’aura représenté selon le CSA seulement que 0,6% du total des personnes indexées dans les programmes perçus comme « handicapées », contre 0,4% en 2015 et 0,8% en 2016, grâce aux Jeux paralympiques.
Pour le CSA, « le constat est chaque fois le même, le handicap ne semble pas être considéré comme télégénique ou difficile à appréhender médiatiquement ». Un sujet, objet d’un colloque organisé à l'Université Lyon le 31 mai prochain intitulait « Le handicap au prisme des médias : une optique inclusive ? ». Un colloque dont le seul Syndicat en France représentant les salariés handicapés travaillant dans le monde de la presse n’est pas été invité volontairement.On peut se demander pour quelle raison ?
Sous-titrage, audiodescription et langue des signes…
Un bilan qui la demeure encore mitigée, si bon nombre de grandes chaines, a globalement respecté l'obligation qu'elles ont de sous-titrer 100% de leurs programmes, le CSA a constaté la baisse des volumes annuels de programmes sous-titrés pour huit des onze chaînes. Concernant l’audiodescription destinée aux déficients visuels, celle-ci progresse notamment au sein du groupe France Télévisions, de Canal+ ou encore de M6.
La réelle difficulté demeure actuellement dans pour les programmes sous-titrés ou en audiodescription concernant les services de médias audiovisuels à la demande, encore insuffisamment accessibles. Le CSA notant que sur neuf groupes interrogés seuls trois proposants sur Internet, ces services comme France Télévisions et le groupe M6 et Lagardère. Les autres groupes ne proposant aucun de ces contenus ont affirmé devant le CSA « rencontraient des difficultés financières et techniques ». Le conseil qui note a contrario une présence encore largement insuffisante de programmes interprétés en langue des signes française (LSF).
Parmi ces objectifs le CSA a annoncé vouloir renouveler l’expérience d’audiodescription menée en 2016, lors de l’Euro de football, à l’occasion de la Coupe du Monde de football féminin des moins de 20 ans (en France, du 5 août au 24 août 2018) et de la Coupe du Monde de football féminin (en France, du 7 juin au 7 juillet 2019). Un dispositif d’audiodescription pour les spectateurs souffrant de déficience visuelle et présente dans les stades avait été mis en place à cette occasion et sera reconduit pour les deux prochains événements sportifs.
Un projet d’inclusion professionnel absent…
Une absence qui n’a pas lieu seulement au sein des programmes, mais qui se poursuit comme dans l’ensemble des médias, par le respect du taux légal de travailleurs handicapés. Des médias qui pour se soustraire à cette obligation affirment leurs difficultés à recruter. Une vérité largement partielle. Car si les écoles ont effectivement tendance à refuser sous des prétextes parfois liées à l’accessibilité, leur refus, n’en demeure pas moins illégal. Des « Écoles et centres de formation qui doivent trouver des solutions pour accueillir tous les élèves en situation de handicapé », soulignent le CSA.
La réalité est peut-être beaucoup plus simple comme tant à l’indiquer le CSA , « le handicap ne semble pas être considéré comme télégénique », et cela pas seulement dans les programmes mais aussi pour l’inclusion de journalistes, d’animateurs, présentateurs, dont les chaînes ont tendance à estimer que le handicap pourrait faire peur à une tranche de leurs téléspectateurs.
L’autre preuve, s’il en fallait une, selon le syndicat Handi-Presse Info, réside dans la mise en place, en 2014, de la Chartres pour l’insertion des personnes handicapées dans l’audiovisuel. Un document qui avait à l’époque l’objectif de développer et faciliter l’accès à l’emploi des personnes handicapées dans les entreprises de la communication audiovisuelle. Force est de constater une nouvelle fois précise le syndicat que le taux légal dans les grandes chaînes françaises est inférieur à 0,5 %.
Un point sur lequel Mémona HINTERMANN-AFFEJEE a estimé également nécessaire d’« approfondir notre démarche d’insertion professionnelle ». Une situation qu’a également reconnue lors de son intervention Sophie CLUZEL, pour qui « le défi à relever doit être celui d’ouvrir l’emploi du secteur audiovisuel aux personnes handicapées. Pour cela, le levier de la formation est fondamental ».
Une absence d’inclusion qui n’est d’ailleurs pas le seul fait de l’audiovisuel, car si la radio se montre un peu plus inclusive, la presse écrite ou électronique est au plus du tableau. Un seul dans la presse écrite a montré une réelle volonté de l’Agence France-Presse en ayant signé une convention avec l’AGEFIPH. Plus surprenant au sein des grandes associations, n’hésitant pas certainement à juste titre a porté plainte contre l’État français, mais dont les rédactions de leurs journaux sont réalisées à près de 95 % par des journalistes valides payé très généreusement alors que ces derniers protestent contre le chômage des personnes en situation de handicap.
Stéphane LAGOUTIERE
Sources : CSA
Publication : 30/05/2018
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