Martine CARRILLON-COUVREUR nouvelle présidente du CNCPH "Entreprise et Handicap " Quel avenir ?
En pleine semaine pour l'emploi et pour la première fois a été organisée une conférence parlementaire avec pour objectif celle d'une réflexion sur le handicap comme levier de performance dans l'entreprise et les façons de lutter contre les nombreuses idées reçu. Un Colloque intitulé "Entreprise et Handicap animée par Martine CARRILLON-COUVREUR député socialiste de la Nièvre et vice-présidente
de la commission des affaires sociales Celle qui est depuis quelques jours la nouvelle présidente du Conseil Nationale Consultatif des Personnes Handicapées, une nomination lequel certaines associations regrettent le caractère politique de celle-ci, nous dresse un aperçu de la vision des parlementaires sur la situation des travailleurs handicapés et l'utilité de la XVIe semaine pour l'emploi organisé par l'ADAPT et l'AGEFIPH et le FIPHFP.
Une femme qui se dit satisfaite de cette journée de réflexion et qui dresse un bilan positif « Nous voyons le travail des grands groupes en faveur des personnes handicapées, les freins mais aussi les succès de ces années passées pour leur inclusion dans l'entreprise ». Une conférence auquel ont assisté beaucoup de représentant du monde associatif et économique et des entreprises et politique.
FHI --- Pensez-vous que les députés ont une bonne notion de « l'emploi des travailleurs handicapés » ? Alors même que les handicapés sont très peu représentés au sein des hémicycles ou très peu employés dans le fonctionnement administratif ?
Le législateur a pour mission constitutionnelle de voter la loi et je peux vous assurer que les députés rencontrent des personnes en situation de handicap, sont sensibilisés par les associations concernant leurs attentes.
Par ailleurs, je tiens à souligner que lors des deux dernières législatures, les députés de mon groupe parlementaire et moi-même, avons beaucoup auditionné, proposé, présenté des propositions de loi pour améliorer les situations individuelles et les besoins d'accompagnement repérés.
Cependant, nous pouvons encore améliorer l'information et la connaissance des situations diverses.
Il existe, entre autre, de sérieux progrès à réaliser en matière d'éligibilité des personnes en situation de handicap.
FHI --- La loi sur les emplois réservés date de 1987. Revue et modifiée par la suite, notamment en 2005, n'estimez-vous pas anormal que les entreprises françaises et les trois collectivités publiques n'aient pas réussi en 30 ans à atteindre les 6% exigés? Quelles en sont les raisons selon vous ?
Durant la 13e législature, j'ai interrogé l'ensemble des ministères pour savoir quel était le taux de personnes en situation de handicap employées dans leur service et le montant des amendes ainsi payées.
Nous ne pouvons que déplorer le trop faible taux d'employabilité actuel des personnes en situation de handicap et regretter que les collectivités publiques comme les entreprises n'aient pas encore, pour la plupart d'entre elles, atteint les 6% exigés par la loi.
Aussi, il convient de convaincre et de porter un nouveau regard à l'instar des initiatives telles que le colloque qui vient de se dérouler à l'Assemblée Nationale sur le sujet : « handicap et entreprise » et qui a rassemblé de nombreux participants issus de tous les milieux : économique, social, associatif et politique.
Il faut favoriser l'accès à la formation, à la qualification et cela tout au long de la vie.
FHI --- Vous dites que le handicap peut être un levier de performance pour les entreprises. Comment expliquer que celles-ci parlent d'intégration et non « d'inclusion » comme l'avait défini la loi de 2005 ?
Le mot « inclusion » est un concept sociologique et non pas économique mais l'intégration ou l'inclusion doivent permettre de porter un projet global et conforme aux droits des personnes. Il ne faut pas perdre de vue que le monde de l'entreprise est d'abord préoccupé par des contraintes économiques et de rentabilité. Cependant, nombre d'entre elles font preuve d'une approche citoyenne qui inclut les personnes et qui les considère, de la même manière, que les personnes valides.
Elles témoignent, dans cette démarche, de leur volonté de s'attacher d'abord aux compétences des personnes plutôt de s'attarder à leur handicap.
Je pense qu'il faut veiller au contenu des accompagnements et s'appuyer sur les réussites de ces entreprises.
FHI --- Un sondage IFOP, publié à l'occasion de la 16ème semaine pour l'emploi des personnes handicapées, indique que seulement 61% des entreprises de plus de 20 salariés respectent la loi du 11 février 2005 imposant d'employer 6% de personnes handicapées, sous peine de sanctions financières. Quels sont selon vous les freins au recrutement ? Pourquoi 64% des dirigeants pensent qu'employer une personne handicapée est difficile ? Comment lutter contre les discriminations ?
Les freins au recrutement sont l'absence de qualification de ces personnes et sont clairement définis comme tels par les employeurs. Mais, force est de remarquer qu'il existe d'autres facteurs comme l'absence de connaissance des handicaps de la part des employeurs, l'absence d'information relative à l'adaptation des postes de travail et la connaissance des capacités et des compétences des personnes handicapées.
La lutte contre les discriminations est possible grâce à une meilleure information, par des actions concrètes, des rencontres régulières entre les employeurs et les publics concernés.
FHI --- Le manque de formation et de qualification des personnes handicapées est souvent invoqué par les entreprises. Cette excuse ne devient-elle pas un peu trop facile ? Ne pensez-vous pas que les responsabilités sont partagées notamment par les difficultés de scolarisation ou le manque de formation dans les entreprises ?
Sur la scolarisation des enfants, la loi est claire et précise. Le principe veut que les enfants puissent suivre une scolarité en milieu ordinaire mais il faut tenir compte du handicap des enfants pour élaborer, avec eux, les professionnels et les parents, un projet personnalisé cohérent et réaliste. Il appartient aux pouvoirs publics de mettre en œuvre les exigences de la loi. Sur ces sujets, nous avons progressé mais il faut maintenir les exigences qui permettront l'accès à la scolarisation et à la formation.
Sur le manque de formation des entreprises, il faut encager de véritables partenariats et nouer un dialogue pérenne pour les inciter à employer des personnes handicapées. Par ailleurs, je suis convaincue que la formation tout au long de la vie est également un moyen destiné à permettre des évolutions professionnelles.
FHI --- Quel bilan tirez-vous de la conférence parlementaire qui a eu lieu aujourd'hui ? A-t-elle permis de bouleverser les idées reçues ?
Cette conférence fait preuve, en premier lieu, d'audace et d'optimisme car affirmer que le handicap est un levier de performance n'est pas courant dans les colloques ou les rencontres que j'effectue chaque semaine. Aussi, il faut saluer cette initiative. J'ai pu découvrir beaucoup de témoignages extrêmement riches.
Nous voyons le travail des grands groupes en faveur des personnes handicapées, les freins mais aussi les succès de ces années passées pour leur inclusion dans l'entreprise.
Autant d'initiatives qui transforment les représentations que nous avons sur ces sujets.
FHI --- Pour conclure cette interview, la ministre vous a nommée au poste de Présidente du Conseil national consultatif des personnes handicapées pour les trois prochaines années. Quelles sont pour vous les grandes priorités à venir ?
Une des premières priorités sera de mettre en lumière, à mon sens, le besoin d'accessibilité voulu en 2015. Nous savons que cette obligation légale sera difficile à tenir pour l'ensemble des dispositifs concernés. L'accessibilité ne se limite pas, par ailleurs, aux seuls bâtiments, elle se conçoit comme une exigence qui doit traverser l'ensemble des sphères d'activités des personnes comme le sport, la culture, les loisirs etc..
L'autre priorité sera à porter sur la barrière d'âge et la convergence des politiques publiques en faveur des personnes handicapées vieillissantes. Mais, de nombreux sujets restent d'actualité. Il faudra axer notre vigilance sur l'avenir des jeunes adultes maintenus dans des établissements faute de places (amendements CRETON), leur scolarisation, les transports, les situations des infirmes moteurs cérébraux, les problématiques soulevées par les établissements médico-sociaux...
Il y aura bien évidemment beaucoup d'autres sujets. Chaque membre aura sans nul doute des propositions à formuler et des réflexions à proposer. Le CNCPH est une instance de dialogue et je serai attentive à ce que la parole puisse circuler librement et que tous les thèmes présentés puissent être débattus.
Interview réalisé a Paris
Par Stéphane LAGOUTIERE
* Liste des participants sur la photos d’ensemble : De gauche à droite Jean-Marie Barbier, président de l’APF, François-Noël Tissot, président de la commission Handicap, ADDRH Benoît Aubert, administrateur de l’ADMDPH Gisèle Biémouret, députée du Gers, vice-présidente du Conseil général du Gers, Denis Jacquat, député de la Moselle, membre de la Commission des affaires sociales Martine Carrillon-Couvreur, Isabelle Debré, sénateur des Hauts-de-Seine, co-rapporteur sur l’application de la loi du 11 février 2005 relative au handicap, Arnaud de Broca, secrétaire général de la FNATH Gérard Bayol, directeur général délégué en charge du Pôle entreprises et institutionnels,
Publication : 23/11/2012
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