Marc DESJARDINS du FIPHFP « Il y a urgence à trouver des solutions pour pérenniser nos moyens d’actions »
Quelques jours après la présentation officielle du , Marc DESJARDINS, Directeur FIPHFP revient vers nous et nous présente ces espoirs et craintes notamment avec la réforme de l'emploi et leurs issus pour les travailleurs handicapés. Mais aussi l'avenir quant au financement. Pour Marc DESJARDINS, les revenus ne cessent de diminuer, il y a urgence à trouver des solutions ». Un directeur qui se refuse aussi une éventuelle fusion avec l'AGEFIPH pour lequel il pense « qu'elle ne réglera pas le problème structurel ».
Le FIPHFP qui prouve son efficacité sur le terrain avec des chiffres en constante amélioration au sein des trois fonctions publiques (État, hospitalière, territoriale) pour la troisième année consécutive représentant au total 240 691 agents en situation de handicap. Des indicateurs qui n’enlèvent en rien évolution positive qui ne doit pas la situation financière fragile et les nombreuses incertitudes qui pèsent sur l’organisme. En effet, pour la cinquième année consécutive, le FIPHFP et actuellement déficitaire de 8.4M€. Une série de questions sur lequel nous revenons avec son Directeur Marc DESJARDINS.
FHI --- Vous semblez à la fois satisfait et d’une certaine manière, craintif à l’égard du bilan que vous avez présenté, y a-t-il des raisons particulières ?
Marc DESJARDINS --- Nous sommes satisfaits de la mobilisation des employeurs des trois fonctions publiques puisque le taux d’emploi des personnes en situation de handicap est passé de 3,74 % en
2006 à 5,49 % en 2017. Ce sont ainsi environ 240 000 personnes en situation de handicap qui sont en emploi dans la Fonction publique. C’est la preuve de l’efficacité de la politique de mutualisation et de la mécanique incitative portée par le FIPHFP et que nous défendons pour l’avenir. Malheureusement, le nombre de demandeurs d’emploi en situation de handicap continue d’augmenter. Nous l’estimons à 510 000 actuellement. Et les ressources du FIPHFP poursuivent leur diminution puisque la contribution des employeurs est liée à l’écart entre leur taux d’emploi et 6 %. D’où nos inquiétudes. Nous avons de plus en plus de demandes qui sont adressées au FIPHFP à l’occasion des recrutements (28 000 par an) et des maintiens dans l’emploi ( 17 000 par an) et nous ne pouvons répondre intégralement à ces besoins de compensation. Il nous faut aussi nous mobiliser sur les nouveaux dispositifs comme l’emploi accompagné.
FHI --- L’autre point dont vous sembliez satisfait était celui de la réforme de la politique de l’emploi. Comment voyez-vous son impact pour les travailleurs handicapés et notamment ceux qui travaillent dans la fonction publique ?
Marc DESJARDINS --- Nous sommes satisfaits que les Pouvoirs publics se soient saisis de la question de la politique de l’emploi des personnes en situation de handicap et en particulier de la question financière. Nous sommes également satisfaits que la spécificité de la Fonction publique soit reconnue à travers une réforme spécifique portée par Olivier Dussopt. Nous participons activement aux différentes concertations en cours avec un objectif pragmatique : celui de favoriser l’accès et le maintien dans l’emploi pour les personnes en situation de handicap dans le secteur public comme privé.
FHI --- Pourtant les problèmes semblent nombreux ? au-delà de la nouvelle et prochaine contribution de l’Éducation nationale ?
Marc DESJARDINS --- Les sujets sont en effet nombreux. Nous avons été entendus sur la contribution progressive de l’Éducation nationale. Le calendrier demeure à préciser. Cela nous donne un peu d’air mais ne règle pas le problème du financement de la politique handicap. Il y a urgence à trouver des solutions concrètes pour pérenniser nos moyens d’actions dans les années à venir en faveur de l’insertion et du maintien dans l’emploi des agents en situation de handicap.
FHI --- Lors de la conférence de presse vous avez dit votre inquiétude à la fois sur la baisse des revenus et la hausse des investissements.
Marc DESJARDINS --- Le FIPHFP (comme l’Agefiph) rencontre en effet une problématique d’effet ciseau puisque nos ressources diminuent à mesure que le taux d’emploi augmente et par conséquent que les besoins se font plus saillants. Avec 121 millions de recettes contre 129 millions d’intervention en 2017, nous avons dû, pour la cinquième année consécutive, puiser dans nos réserves malgré la
baisse de nos dépenses d’interventions pour répondre aux besoins des employeurs. Ces réserves sont en cours d’épuisement.
FHI --- Certains affirment que la situation et la difficulté dans laquelle se trouve le FIPHFP prouvent la nécessité d’une réunification entre les deux organismes. Quelle est votre position ?
Marc DESJARDINS --- Nous n’y sommes pas favorable car la fusion du FIPHFP et de l’Agefiph ne règlera pas le problème structurel de l’effet ciseau. Tant que les ressources des deux fonds poursuivront leur trajectoire à la baisse, nous manquerons de leviers pour assurer nos missions. Toutefois, à ce stade, nous n’avons reçu aucune information remettant en cause l’avenir du FIPHFP. Nous travaillons déjà étroitement avec l’Agefiph et notre collaboration est à poursuivre pour harmoniser nos offres d’intervention car il n’est pas souhaitable qu’une personne en situation de handicap se voit proposer un accompagnement différent si elle est dans le secteur public ou dans le privé pour une situation identique.
FHI --- La deuxième phase de la réforme concernent les aides, en quoi la troisième phase sera pour vous importante et quels principes d’intervention doivent être confirmés ?
Marc DESJARDINS --- Le calendrier est encore assez flou mais nous attendons en effet beaucoup des deuxièmes et troisièmes phases de la concertation. La dynamique de nos interventions est guidée par quatre grands principes d’intervention validés par notre Comité national :
- Notre attachement à la mutualisation du financement de la politique handicap
- Des interventions ciblées pour favoriser non seulement l’insertion professionnelle mais aussi le maintien dans l’emploi tout au long de la carrière. Il s’agit ici de dépasser le simple droit au travail pour la personne en situation de handicap pour lui permettre de s’inscrire dans un parcours professionnel et une carrière. Le maintien en emploi constitue une spécificité importante de la fonction publique et une différence fondamentale avec l’Agefiph et le secteur privé.
- l’importance d’une structuration et d’un portage politique des actions pour garantir leur efficacité ; plus particulièrement via les missions handicap et les référents ;
- Enfin une présence terrain au plus près des employeurs par l’intermédiaire d’une animation régionale.
FHI --- Une réforme qui laisse beaucoup de questions dans le flou comme le transfert de certaines responsabilités vers les agences de pôle emploi, les statistiques du chômage…?
Marc DESJARDINS --- Des pistes sont évoquées, notamment dans le rapport de Dominique Gillot, mais à ce stade, aucune solution n’est véritablement gravée dans le marbre. Notre Comité national est très attaché au fait que l’objectif commun et unique doit être de favoriser l’emploi des personnes en situation de handicap. Or, nous pensons que renvoyer systématiquement les demandeurs d’emploi en situation de handicap vers le dispositif de droit commun porté par Pôle emploi ne permettra pas d’améliorer leur insertion professionnelle. Le principe de conserver une politique publique dédiée nous semble incontournable dans la société française d’aujourd’hui. Je rappelle d’ailleurs que le handicap, est, selon le rapport du Défenseur des droits, la première cause de discrimination à l’embauche. La réponse doit donc être à la hauteur de l’enjeu.
FHI --- parmi les récentes actualités du FIPHFP on note, la fusion des Cap emploi/ Sameth a-t-il vraiment représenté une avancée ?
Marc DESJARDINS --- Il est difficile de tirer un bilan de cette fusion dans la mesure où la mise en place date du 1er janvier 2018. Il nous semble en tout cas important d’assurer une parfaite continuité entre l’insertion professionnelle et le maintien dans l’emploi et dans ce sens le rapprochement des deux structures est intéressant. L’objectif est toujours de fluidifier le parcours professionnel d’une personne en situation de handicap.
FHI --- Concernant l'emploi accompagné ou encore l’apprentissage qui demeure un levier important pour l’inclusion dans le monde du travail, mais également en matière d’aide destinée aux autistes, quel sont aujourd’hui les axes de travail du FIPHFP ?
Marc DESJARDINS --- Nous nous impliquons effectivement dans la mise en œuvre de l’emploi accompagné. Actuellement environ 1 000 personnes bénéficient de cet accompagnement. L’ambition serait de notre point de vue de porter ce chiffre à 10 000 pour répondre aux besoins effectifs. L’apprentissage est également une véritable priorité et le FIPHFP, je rappelle que le FIPHFP finance 80 % du salaire de l’apprenti. Ce sont environ 1 000 apprentis en situation de handicap que nous accompagnons chaque année. Nous sommes également associés à la Stratégie autisme annoncée par le gouvernement en avril 2018 pour favoriser l’emploi des personnes autistes puisque qui sont seulement environ 10 % en emploi. Il faut notamment travailler sur les aménagements du temps de travail et l’organisation de la journée pour permettre à chacun de travailler dans un environnement sans perturbation.
FHI --- l’autre grand défi est celui de l’accessibilité numérique ou la discrimination, reste important. Quelles sont les actions du FIPHFP dans ce domaine ?
Marc DESJARDINS --- Le sujet de l’accessibilité numérique est une priorité du Comité national car les outils numériques ont une place grandissante dans le milieu professionnel. Nous avons développé les aides à l’accessibilité numérique depuis plusieurs années. Nous avons ainsi financé 560 000 € en 2017 pour développer les lecteurs d’écran, l’accessibilité des sites internet et applicatifs web mais aussi la formation des agents pour que les logiciels soient rendus accessibles dès leur développement. Les employeurs doivent encore se saisir de ce sujet.
Publication : 10/07/2018
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