Antoine PELISSOLO, «Parler seul dans la rue est le reflet d’une souffrance psychique réelle»
Des patients atteints de troubles mentaux, parfois majeurs, ne sont pas assez pris en charge dénoncent dans nos colonnes des spécialistes. Il est urgent de revoir comment fonctionnent les services psychiatriques, souvent débordés. Et éviter que des malades errent dans les rues sans soutien. « Certains, en crise, continuent d’errer dans les rues ». Antoine PELISSOLO, chef du service de psychiatrie de l'hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne) dénonce dans un article et interview paru aujourd’hui dans le Parisien, une prise en charge insuffisante des patients. Et nous annonce en exclusivité qu’il a remis une lettre à la ministre de la Santé, signée par plus de cent professionnels, sur le problème des budgets..
Elsa MARI --- Le sentiment de voir de plus en plus de personnes atteintes de troubles psychiques dans les rues correspond-il à une réalité ?
Antoine PELISSOLO --- Tout le monde peut le remarquer. Ce n’est un mystère pour personne. Il y a des lieux plus propices, comme le métro, où l’on croise beaucoup de gens qui semblent perdus sans savoir exactement si c’est la conséquence de troubles psychiques, de l’alcool ou de drogues. Certes, il n’existe pas de statistiques pour dire s’il y en a plus qu’avant mais ce n’est pas normal d’en voir autant.
Elsa MARI --- Mais n’est-ce pas mieux que de les enfermer ?
Antoine PELISSOLO --- S’ils étaient bien pris en charge, oui, or ce n’est pas le cas. Parler seul dans la rue est le reflet d’une souffrance psychique réelle. Ce n’est pas bon signe. Cela signifie que cette personne n’est pas soignée correctement ou qu’elle ne l’est pas du tout. Avec des traitements, on n’est pas censé avoir ce genre d’hallucinations.
Elsa MARI --- Comment expliquez-vous qu’ils soient livrés à eux-mêmes ?
Antoine PELISSOLO --- Il y a une réalité, aujourd’hui en France, les malades psychiatriques ne sont pas suffisamment pris en charge. A l’hôpital ou en ville, la demande de consultations augmente car on identifie mieux certains troubles et des pathologies comme les dépressions et l’autisme sont aussi en hausse. Or, ces patients ne sont pas assez vite examinés à cause des délais d’attente. En trente ans, le nombre de lits dans les hôpitaux a aussi été divisé par deux alors que la population augmente. L’idée de départ, plutôt vertueuse, était de permettre à ces personnes d’avoir une vie normale, de les soigner en ambulatoire, c’est-à-dire qu’elles dorment chez elles le soir et consultent à l’hôpital en journée. Mais il n’y a pas eu assez de moyens pour compenser la fermeture des lits, trop importante pour faire des économies. Par exemple, rares sont les soignants qui se déplacent à domicile quand un malade est en crise, il n’y a pas assez d’assistance.
Elsa MARI --- Votre hôpital est-il aussi concerné ?
Antoine PELISSOLO --- Bien sûr, mon service est, comme les autres, en grande difficulté. On a 100 places d’hospitalisation pour, en moyenne, 110 patients. Résultat, on doit aménager des chambres à trois au lieu de deux sans armoire, ni table de chevet. On a donc tendance à garder moins longtemps les malades qui auraient, pourtant, besoin de rester chez nous. Certains, toujours en crise, continuent d’errer dans les rues, et mêmes sur les routes, d’autres, des sans-abris, n’ont simplement pas de domicile. C’est inadmissible. Jamais vous ne verrez ça ailleurs, jamais on ne laisserait un patient, opéré à cœur ouvert, quitter l’hôpital le lendemain de son intervention.
Elsa MARI --- Comptez-vous faire entendre votre détresse ?
Antoine PELISSOLO --- On ne fait que ça. C’est un combat de tous les jours. J’ai envoyé une lettre à la ministre de la Santé, signée par plus de cent psychiatres dont beaucoup de chefs de service. Dans ce courrier, on évoque le problème des budgets, censés être réservés à la psychiatrie, et utilisés souvent pour d’autres soins. On ne veut pas que cet argent serve à autre chose. Cela peut paraître étonnant mais c’est trop souvent le cas. On veut que les agences régionales de santé vérifient ainsi les comptes des hôpitaux et leur demandent comment ils dépensent cette enveloppe. La ministre a annoncé une rallonge de 50 millions, c’est toujours ça mais cela reste insuffisant par rapport aux besoins. Aujourd’hui, beaucoup de soignants sont résignés. Les grèves, comme celle de la faim, les arrêts maladie se multiplient. Ils font tout ce qu’ils peuvent mais la frustration est énorme : malgré leurs efforts dévoués, trop de malades restent mal soignés.
Propos recueillis par Elsa MARI
Publication : 15/01/2019
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