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Alban TESSIER, l’homme qui a rejoint le toit du monde : un voyage entre détermination et courage pour cette homme malvoyant

Alban tessier lhomme partie sur le toit du monde en bolivie a son arrivée d7303

Au mois de juillet 2018 un exploit a été accompli par un homme, Alban TESSIER. Presque aveugle, il s'est rendu sur le toit du monde, en Bolivie, pour y affronter la nature dans ce qu'elle a de plus inhospitalier. Trois ans de préparatifs pour voir naître ce projet et le réaliser. Un rêve qui s'était presque mué en obsession : traverser à pied et en autonomie complète, 140 kilomètres du plus grand désert de sel de notre planète, le Uyuni. À 3700 mètres d'altitude, tirant une charge de 55 kilos, il est parvenu en arrivant au bout, à renverser les clichés. Il démontre à ceux qui en doutaient encore, que si le corps peut parfois sembler limité, l'esprit et la volonté d'un homme, eux, ne le sont pas. Avec de la détermination et du courage, on peut toujours se rendre au-delà de ce qui semble a priori possible. L'espace d'une interview, Alban TESSIER revient pour nous sur cette traversée extraordinaire et notamment sur un moment un peu « tendu » de son expédition...

FHI --- Âgé de 42 ans, vous êtes aussi sportif et déficient visuel. Parlez-nous un peu plus de vous. D´òu vient votre déficience sensorielle, que faites-vous dans la vie et dites-nous ce qui compte pour vous ?

Alban TESSIER : Je suis atteint d’une rétinite pigmentaire, maladie génétique dégénérative qui mène à la cécité. L’évolution de la maladie fait qu’aujourd’hui mon acuité est aux alentours de 1/50ème avec un champ visuel restreint à Alban tessier lors de lun de ces bivouac lors de son parcour vers le toit du monde 1f14fmoins de 5 degrés de vision centrale. Je suis marié à Morgana et j’ai 2 filles Elia, 11 ans et Lizon, 9 ans, qui est également malvoyante. Je suis enseignant dans un Institut public pour déficients visuels à Nantes. Je pratique la marche athlétique au sein du Racine Club Nantais en tant qu’athlète handisport.

FHI --- Au cours du mois de juillet 2018, vous avez accompli un exploit dont on a parlé presque dans le monde entier. Expliquez-nous de quoi il s´agissait...

Alban TESSIER : Oui, effectivement la couverture médiatique a été importante, j’en suis le premier surpris ! L’idée du Projet Uyuni était de traverser le Salar d’Uyuni en Bolivie à pied et en autonomie. Il s’agit du plus grand désert de sel au monde, situé à près de 3700 m d’altitude. C’est un milieu hostile où nulle vie ne subsiste. L’air ambiant irrite les muqueuses, l’oxygène de part l’altitude y est plus rare et les conditions climatiques y sont très changeantes et rudes. Même si une équipe d’intervention, en cas de problème, pouvait intervenir, j’avais fait le choix d’assumer l’intégralité de la logistique et je transportais donc 55 kg de matériels et de vivres sur un chariot de trek et un sac à dos. J’avais notamment 21 litres d’eau, 7 kg de vivres, le nécessaire de bivouac et tout le matériel électronique pour ma sécurité comme des téléphones satellitaires, balises ; l’outil de guidage gps indispensable et bien sûr les batteries et panneaux solaires.

Comme je l’avais prévu, il m’aura fallu 7 jours pour effectuer les 140 km de l’extrême ouest à l’est du Salar.

FHI --- Quel était le but de cette expédition ?

Alban TESSIER : L’idée était avant tout de casser les idées reçues et de démontrer les possibles. Le handicap n’est pas une fin en soit et il faut avant tout essayer de palier aux situations de handicap que l’on rencontre. En l’occurrence, pour moi dans cette situation, la principale problématique était l’orientation. Il fallait donc compenser par un outil technique adapté et mon partenaire GoSense a pu fournir l’application GPS Wizigo spécialement conçu pour des déficients visuels.

2019.03.15.alban tessier pendant sa longue marche vers le toit du monde 8bc32Aussi, j’ai dû apprendre à utiliser mon matériel et trouver des méthodes pour le maîtriser, comme pour ma tente et la gestion de mon alimentation. J’ai dû mettre au point des stratégies de compensation, établir un séquentiel de montage avec des prises de repères ciblées pour la tente. Adapter les emballages de produits lyophilisés pour les reconnaître grâce à des repères tactiles.

Au quotidien, on retrouve les mêmes problématiques, que ce soit au domicile, à l’école, au travail, dans la pratique du sport ou l’accès à la culture, des aides techniques, des stratégies de compensation, l’aide humaine ciblée peuvent favoriser l’autonomie des personnes en situation de handicap. L’essentiel étant avant tout de se dire qu’une solution est peut-être envisageable. Pour la personne concernée cela nécessite d’être informée, de bénéficier de rééducation fonctionnelle, d’être formée et être en mesure d’identifier et expliciter ses situations de handicap… Pour les entreprises, les institutions, le grand public, simplement d’avoir un peu d’empathie, pas de pitié surtout, essayer de comprendre les situations, questionner avec bienveillance. Je dirais en quelque sorte, penser la différence. Parce que penser la différence, c’est arrêter un peu de pAnser nos différences, je pense …

FHI --- Faites-nous part de l´un de vos souvenirs les plus mémorables...

Alban TESSIER : Lors de la traversée du désert en Bolivie, j’ai pu apprécier ce moment hors du temps, loin du milieu hostile de nos villes, même si les conditions étaient rudes ! Dans la nuit du 2ème au 3ème jour, j’ai pu essuyé une forte tempête. Le vent qui s’est levé au début de soirée a arraché un ancrage de ma tente. J’ai dû lutter une bonne partie de la nuit, pour maintenir la toile à la main et trouver des solutions pour qu’elle ne soit passe emportée par une rafale. J’y ai passé près de 4 heures avant un retour au calme … ou presque !

Au matin, avant le lever du jour, la neige s’est mise à tomber à gros flocons, écrasant par son poids la toile distendue de ma tente. Quand je suis sorti de ma tente, pas de neige du tout autour de la tente. Celle-ci avait fondu au contact du sol salé, tandis que ma toile était recouverte d’une couche épaisse de neige, comme dans un dessin animé ;-)

Mais je dois dire que la Bolivie est un pays magnifique et l’ensemble du séjour était une expérience mémorable, l’accueil chaleureux du gouvernement et la population d’une bienveillance rare ! J’ai aussi pu rencontrer une association de parents d’enfants malvoyants et échanger avec les enfants avec beaucoup d’émotion.

FHI --- Aujourd´hui après cet exploit, quels ont été les ouvertures et les conséquences ?

Alban TESSIER : Les conséquences, de petites blessures sans gravité, surtout au niveau des pieds, mais des contacts riches à tout point de vue, une couverture médiatique internationale, des opportunités dans le milieu du sport,Alban tessier vérifiant son matériel lors de son parcours vers le toit du monde b6fe6 des sollicitations au niveau politique et associatif au service du handicap.

FHI --- Avez-vous d´autres projets ?

Alban TESSIER : Au niveau sportif, des réflexions plus ou moins avancées sont en cours, mais elles doivent encre être validées …Au niveau de mon implication au service du handicap, j’essaie de faire profiter de mon expérience et de partager mon expertise. Je suis toujours membre de l’association A PERTE DE VUE qui sensibilise au handicap visuel.

Nous allons d’ailleurs présenter prochainement une expo photo relatant l’aventure. J’ai rejoint l’association APHPP (Association nationale pour la Prise en compte du Handicap dans les Politiques Publiques et Privées), mais aussi le Conseil Handi Citoyen de la Mairie de Saint Sébastien sur Loire. Celui-ci m’a énormément soutenu au travers de ce projet. Je contribue à la démarche Territoire 100 % inclusif entre autres.

Interview Réalisée par Sébastien JOACHIM 
Pour France Handicap Info

Catégorie : INTERVIEW AVEC...
Publication : 15/03/2019
Sébastien JOACHIMMalvoyantsDéficients visuelsMaladie génétiqueAlban TESSIERCécitéDéficience sensorielle

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