Accéder au contenu principal

Réforme de la perte d’autonomie : les pouvoirs publics encore loin du compte !

Une personne agee dependante avec une infirmiere dans un etablissement d acceuil

Après un long et fastidieux parcours législatif engagé en juin 2014, la loi pour l'adaptation de la société au vieillissement a enfin été promulguée par le président de la République est entrée en vigueur au 1er janvier 2016. Une réforme du financement de la perte d'autonomie, présentée depuis une vingtaine d'années comme le défi majeur des années à venir par les gouvernements successifs. Pourtant, la loi, telle que finalement votée, apparaît en complet décalage avec les besoins estimés et les objectifs attendus.

La loi pour l'adaptation de la société au vieillissement est entrée en vigueur le 1er janvier 2016, un an et demi après sa présentation en conseil des ministres. Et vingt ans après les premières réflexions sur l'urgence de reconsidérer le financement de la perte d'autonomie.

Nous pensions que la mesure des enjeux, souvent rappelés, avait été prise. Il n'en est rien. Comment parler d'une « loi du 21ème siècle » sachant que le financement annuel de la réforme s'élèvera à 700 millions d'euros, portant ainsi à 22 milliards d'euros la totalité de la contribution publique, alors que la Drees elle-même évalue les besoins à 35 milliards d'euros à l'horizon 2060 ?1

Comment présenter la revalorisation de l'Allocation personnalisée d'autonomie (APA) comme une victoire alors que le plan d'aide d'un quart de ses bénéficiaires ne couvre pas leurs besoins, et que les finances des conseils départementaux sont exsangues ?

La réforme globale du système de financement de la perte d'autonomie, que nous appelions de nos vœux, a été enterrée par les gouvernements successifs, et le relèvement d'une allocation que certains départements annoncent ne plus être en mesure de verser à terme n'est pas de nature à nous rassurer.

Témoin quotidien des besoins croissants des personnes malades et de leurs familles, l'Union France Alzheimer et maladies apparentées a aussi constamment alerté les pouvoirs publics sur l'épuisement des aidants. Là encore, quelle déception ! L'attribution, sur des critères extrêmement restreints, de 500 euros annuels pour financer des séjours dans une structure de répit nous consterne, tant elle apparaît en décalage avec l'immensité des besoins exprimés sur le terrain.

Ce qui nous était annoncé comme une grande réforme sociétale aboutit donc à un "petit texte" qui, de surcroît, laisse de côté la question des établissements. Pendant combien de temps encore devronsnous rappeler les chiffres du reste à charge pour les familles des personnes malades : 1 000 euros par mois lorsqu'elles peuvent rester à domicile, près de 2 300 euros lorsqu'elles vivent en établissement ? Et, comme rien ne leur est épargné, elles sont soumises à un prélèvement supplémentaire puisque la contribution additionnelle de solidarité pour l'autonomie (CASA), créée en 2013 pour financer cette « mini réforme », s'applique aux pensions de retraite et d'invalidité des personnes imposables. N'est-ce pas ce que l'on nomme la « double peine » ?

En revanche, l'État n'a pas jugé nécessaire de capitaliser les fonds versés en 2013 et 2014. Un détournement qui prouve, s'il en était encore besoin, la considération portée aux plus fragiles d'entre nous.

Nous pourrions rappeler ici nombre d'arguments développés en leur temps par les défenseurs d'une cinquième branche de la sécurité sociale, lorsque le choix de la solidarité nationale s'imposait non seulement comme le plus légitime en termes de principes, mais aussi comme le plus pertinent en termes économiques.

Nous pourrions reproduire nombre de promesses politiques lorsque tous s'accordaient sur l'impossibilité de « faire du rapiéçage », estimant dans une belle unanimité que toute déception s'apparenterait à « une faute morale impardonnable ».

Tout a été oublié...

Les responsables politiques, toutes tendances confondues, sont aujourd'hui face aux 900 000 personnes atteintes par la maladie d'Alzheimer, face à leurs 4,5 millions d'aidants, face aux 600 Français qui sont chaque jour confrontés à l'annonce du diagnostic de cette maladie incurable. Nous les appelons urgemment à prendre la mesure des difficultés sociales, financières et psychologiques de nombre d'entre eux. La situation est trop grave pour que demain, nous ne leur demandions pas des comptes.

Joël JAOUEN
Président France Alzheimer et maladies apparentées

1 Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), Le compte de la dépendance en 2011, dossier Solidarité et Santé n° 50.

Catégorie : PÉTITION & TRIBUNE LIBRE
Publication : 11/01/2016

Articles en relation

Lettre ouverte au maire et à son adjointe chargée des affaires sociales de Tréguier dans les Côtes-d’Armor

Ecrite par Marie STEGNER, celle-ci s’adresse au maire de Tréguier Guirec ARHANT et à son adjointe chargée des affaires sociales situé dans les Côtes-d'Armor. Dénonçant l’absence de dialogue réel avec la mairie, le manque de considération pour les personnes précaires. Mais surtout la suppression de sa domiciliation au CCAS sans préavis, en dépit de ses droits et de sa situation stable à Tréguier depuis huit ans. 

Tribune, Lettre et Pétition revendiquant « l'amélioration de l'accès aux soins de santé mentale »

Après la Tribune le Dr Bruno FALISSARD, spécialiste de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, à l’INSERM réagissant sur l’intention du Premier ministre de faire de la santé mentale la grande cause nationale de 2025. Une question abordée a nouveau par la députée Anne-Cécile VIOLLAND, députée Horizons de Haute-Savoie le 2 octobre dernier. Un sujet critique tant il vrai avec la progression des dépressions depuis 2005, quelque soient la tranche d’âge. Situation qui n’a pas était améliorer face la diminutions permanente du nombre de lit en psychiatrie et de personnel.

Cancers pédiatriques : l’Association rassemble plusieurs centaines de parlementaires et professionnels de santé

Chaque année en France, plus de 2 500 enfants sont diagnostiqués d'un cancer et 500 en décèderont, soit l'équivalent de 20 classes d'école. Face à cette réalité, Eva pour la vie et la Fédération Grandir Sans Cancer, ont publié la tribune « Mobilisons-nous jusqu’au bout pour soigner les cancers pédiatriques ! » rédigée par Eva pour la vie & la Fédération Grandir Sans Cancer. Objectif sensibilise les pouvoirs publics à la nécessiter de porter le fonds dédié à la recherche sur les cancers de l'enfant de 5 à 25 M€/an, afin d'y inclure la recherche clinique. De plus, les cosignataires demandent la création d'un fonds d’investissement visant à permettre le développement de startups du médicament pédiatrique, ou d'un établissement public du médicament, en priorisant les cancers et les pathologies de mauvais pronostic chez l'enfant.

L’appel des soignants aux députés : « Protégez les personnes les plus vulnérables et les valeurs du soin ! »

2024.05.27.une vieille femme endormi sur une chaise avec une infirmière en blouche blanche a ses côtés 2ac22Après l’étude et le vote en commission, l’Assemblée nationale étudie actuellement le projet de loi sur la fin de vie débute ce lundi. Un monde médical dont plusieurs organisations de soignants appellent les à entendre leur voix, et à ne pas adopter un texte qui, en l’état, bouleverserait en profondeur la pratique médicale. Ce projet de loi s'inscrit dans un contexte où plusieurs pays occidentaux ont déjà légiféré sur des questions similaires, reconnaissant le droit à l'euthanasie ou au suicide assisté sous certaines conditions strictes. La proposition de loi envisage notamment la création de maisons d'accompagnement pour les personnes en fin de vie et propose une aide à mourir pour les personnes atteintes d'une maladie incurable avec un pronostic vital engagé, tout en encadrant strictement l'utilisation de produits létaux.

Exigeons plus de moyens pour lutter contre l'endométriose ! lance la présidente de l’association EndoAction

Maladie gynécologique, l’endométriose est une maladie inflammatoire qui affecte aujourd’hui en France environ 10 % des femmes en âge de procréer, soit plus de deux millions de personnes. Depuis février 2022, la France dispose d'une stratégie nationale de lutte contre l'endométriose, qui vise à améliorer le dépistage, l'orientation et le traitement des femmes concernées, à renforcer leur information et la formation des professionnels de santé, et à développer la recherche sur cette pathologie. Une stratégie qui selon la présidente de l’association EndoAction Myriam POULAIN, qui n’a pas permis d’améliorer sa prise en charge, raison de cette pétition qui atteint aujourd’hui de plus 18 000 signatures.

Sécurité Sociale : Ce que veut dire le budget de la Sécu 2020

Les mesures prises pour éteindre le mouvement des « gilets jaunes » ont précipité la Sécurité sociale dans le déficit, regrette l'économiste Frédéric BIZARD. C'est une lourde responsabilité pour l'État, qui déprécie de fait la qualité de la protection sociale des classes moyennes, comme c'est le cas pour les pensions, la santé et la politique familiale. Faire parler un budget est une mission périlleuse. En 2016 et en 2018, deux gouvernements différents annonçaient prématurément un moment historique pour l'année suivante avec une Sécu à l'équilibre. Cette communication politique d'affichage cache pourtant l'essentiel : l'évolution du modèle social et la pertinence des choix budgétaires sur la qualité de vie des citoyens.