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Lettre ouverte au maire et à son adjointe chargée des affaires sociales de Tréguier dans les Côtes-d’Armor

Le Maire Guirec ARHANT maire de la commune Tréguier dans le département des Côtes-d’Armor a reçu les chaleureuse félicitation au titre de grand serviteur du patrimoine et ces importants travails effectués dans ce domaine lors de sa remise de la décoration de la décoration des chevaliers des arts et des lettres le 11 avril 2023 © #GuirecArhant / #Tréguier

Ecrite par Marie STEGNER, celle-ci s’adresse au maire de Tréguier Guirec ARHANT et à son adjointe chargée des affaires sociales situé dans les Côtes-d'Armor. Dénonçant l’absence de dialogue réel avec la mairie, le manque de considération pour les personnes précaires. Mais surtout la suppression de sa domiciliation au CCAS sans préavis, en dépit de ses droits et de sa situation stable à Tréguier depuis huit ans. 

Relatant ensuite la suspension soudaine de son AAH sans explication ni information préalable, ce qui contrevient à la loi. La lettre souligne l’écart entre la valorisation du patrimoine matériel de la ville et le manque d’attention porté à l’humanité de ses habitants les plus vulnérables, et appelle la mairie à répondre, s’expliquer et reconnaître ses torts.

Monsieur le Maire, Madame BODIN,

Si je m'adresse à vous aujourd'hui, ce n'est ni par courtoisie, ni par goût du dialogue – encore faudrait-il qu'un dialogue ait existé. Il paraît, selon vos déclarations dans la presse locale, que nous aurions échangé. Étrange, je n'en ai gardé aucun souvenir. Serait-ce une amnésie sélective ? Ou bien un de ces phénomènes paranormaux où l'on converse par télépathie sans que les mots aient besoin d'être prononcés ?

Non, Madame Bodin, nous ne nous sommes jamais parlé. Pas une main tendue, pas une proposition de rencontre, pas même une réponse à mes sollicitations. Quant à vous, Monsieur le Maire, votre silence est un modèle du genre. Depuis huit ans que je vis à Tréguier, vous n'avez jamais daigné me regarder, encore moins me répondre. Mon existence semble vous indifférer, comme celle de tous ceux qui n'entrent pas dans le décor pittoresque que vous souhaitez préserver.

Un sans-domicile fixe de trop dans la carte postale…

Laissez-moi donc poser la question qui fâche : quel est votre problème ? Mon nom qui sonne allemand ? Un soupçon de xénophobie bien ancré sous les pavés de votre « petite cité de caractère » ? Pourtant, pendant la guerre, on les aimait bien, les Allemands, ici... Mais aujourd'hui, il semblerait que l'on préfère des rues bien propres, sans pauvres, sans étrangers, sans handicapés, et sans opposants.

Voyez-vous, je suis de celles qu'on préfère cacher sous le tapis. Une femme seule, trop instruite pour être ignorante, trop pauvre pour être respectable, trop opiniâtre pour être docile. Depuis huit ans, je tente de survivre à Tréguier, funambule sur le fil de la précarité, entre petits boulots, démarches administratives kafkaïennes et nuits d'errance, d'un canapé à un autre. Mais même cela, il fallait me l'arracher.

La domiciliation : un droit, pas une aumône…

En juillet 2024, sans même un courrier, sans un avertissement, ma domiciliation au CCAS de Tréguier a été supprimée. J'ai appris cette nouvelle par hasard, un matin comme un autre, entre deux démarches. Ah, la délicatesse de l'administration quand il s'agit de rendre les pauvres encore plus invisibles !

Je rappelle, à tout hasard, que l'article L.264-1 du Code de l'Action Sociale et des Familles garantit ce droit aux personnes sans domicile stable. Il impose aux communes d'accorder une domiciliation à ceux qui y résident durablement, bénéficient de soins médicaux ou y ont un suivi social.

Huit ans à Tréguier. Des soins réguliers ici. Un fils qui y habite et y travaille. Des preuves indiscutables. Pourtant, il a fallu que je me batte pour obtenir, du bout des lèvres, un maigre répit : six mois de domiciliation supplémentaires. Six mois ! Comme une aumône jetée à la figure du mendiant, comme si mon droit à l'existence était soumis à la générosité du moment.

Et après ? On me jettera à la rue pour de bon ? On m'effacera des registres comme on gomme une tache disgracieuse sur une façade fraîchement restaurée ?

L'AAH suspendue : quand la misère devient un sport de combat…

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Parce que quand on est pauvre, on apprend vite que la chute n'a pas de fond. En février 2025, nouvelle surprise : mon Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) réduite à 0 €. Et pour couronner le tout, une retenue de 10,22 €, au motif d'un trop-perçu de 919,66 €.

Aucune notification préalable. Aucune explication. Juste un écran vide sur mon compte CAF et un frigo qui se vide à la même vitesse.

Là encore, un rappel légal semble s'imposer. L'article L.262-40 du Code de l'Action Sociale stipule qu'aucune réduction de prestation ne peut être appliquée sans information préalable et sans possibilité de recours. Une règle élémentaire du droit administratif, bafouée sans scrupule.

On ne suspend pas une allocation vitale du jour au lendemain, sauf à considérer que la survie des plus fragiles est un détail administratif négligeable.

Tréguier au patrimoine classé, mais une humanité en ruines…

Alors voilà où nous en sommes, Monsieur le Maire, Madame Bodin. Tréguier soigne ses vieilles pierres, encaisse des subventions pour préserver ses monuments, et, dans le même temps, traite ses habitants précaires comme des fantômes.

Peut-être suis-je un élément perturbateur dans votre décor. Peut-être qu'une femme qui refuse de baisser la tête, qui demande des comptes, qui exige justice, vous embarrasse. Mais je ne suis pas seule. Il y a ici d'autres oubliés, d'autres méprisés, d'autres dont les voix sont étouffées sous le poids de votre indifférence. J'attends des réponses. J'attends des explications. J'attends des excuses. Et cette fois, pas par télépathie.

 Par Marie STEGNER
Sans domicile fixe, mais bien vivante !

Rédacteur(s) :  La Rédaction
Catégorie : PÉTITION & TRIBUNE LIBRE
Publication : 03/02/2025

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