Les urgentistes du collectif Nos Vies d’abord ! appel a des soins « assurant la sécurité et la dignité de tous ! »
De nombreux professionnels de santé tirent la sonnette d'alarme quant à la grave crise sanitaire que traverse le pays et appellent à une mobilisation citoyenne massive. Une pétition "Soins, dignité : Nos Vies d'abord !" a destination de Agnès BUZYN a été lancé en ligne pour soutenir leurs revendications réunissant déjà plus de 83 211 signatures. « Il est temps de s’opposer aux choix budgétaires technocratiques, de décider de notre avenir et des investissements pertinents à faire pour mieux soigner, et de construire une véritable démocratie sanitaire. » souligne l’une des auteurs de cette tribune et du collectif.
Notre pays fait face a une grave crise sanitaire. Nous, professionnels de santé, de concert avec les institutions, les syndicats et les usagers, alertons depuis des années sur les dangers liés aux contraintes budgétaires imposées à tous les secteurs de la santé.
Les constats sont sans appel, les drames ne font plus exception. Des dizaines des nôtres se sont suicidés. Ce sont autant de familles, de proches et de collègues brisés. Dépression, anxiété, pathologies liées au stress, addictions, les enquêtes sur notre propre santé sont alarmantes. Partout sur le territoire, nous avons le sentiment de devenir des robots à la chaîne, n’ayant plus le temps de soigner nos patients humainement. Il faut que vous le sachiez, nous n’avons plus les moyens de prendre correctement soin de vous.
Des patients décèdent en salle d’attente des Urgences. En l’absence de prise en charge rapide, la mortalité y augmente de près de 40% pour les malades graves. Pour obtenir un rendez-vous avec un médecin de ville ou en centre médico-psychologique, pour être pris en charge aux urgences, pour être hospitalisé, les temps d’attente deviennent aberrants et dangereux.
Les temps de toilettes sont comptés, on bouscule nos aînés. Le temps manque pour accompagner les patients alités aux toilettes. Les plus vulnérables sont doublement punis, n'ayant d’autre choix que de "faire sur eux". C’est insupportable.
En psychiatrie, le recours à la contention et aux chambres d’isolement est devenu trop fréquent faute de soignants disponibles et de temps humain pour apaiser les situations de tension. Notre métier perd son sens et son humanité, car nous sommes soumis aux injonctions contradictoires de "prendre soin" tout en étant "rentables, rapides, flexibles". La rentabilité est devenue le maître mot partout, censée légitimer des pratiques indignes. La technique remplace l’éthique. Chaque lit, chaque service, chaque maternité, chaque hélicoptère, chaque ligne de SAMU considérés comme non rentables sont menacés.
Combien coûtent les vies humaines ? C’est la question que nous posons. En vingt ans, 100 000 lits ont été fermés alors même que la population augmente et vieillit ; la moitié des maternités du pays également. Devons-nous accepter que l’argent ait pris le pas sur l’humain ? Les vies sauvées et le respect de la dignité ne sont pas une affaire de marché et de coûts financiers.
Il est temps de s’opposer aux choix budgétaires technocratiques, de décider de notre avenir et des investissements pertinents à faire pour mieux soigner, et de construire une véritable démocratie sanitaire. Nous, professionnels de santé de tous les secteurs, avons besoin de vous et appelons ce jour à la mobilisation citoyenne massive, car la dégradation de notre système de soin nous met toutes et tous en danger, professionnels comme patients.
Le Collectif - Nos Vies d’Abord
Publication : 25/06/2019
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