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152 enfants démobilisés retrouvent leurs proches parfois de lourdement handicapés

Groupe enfant soldat du Congo

Des familles vivant dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de la Province orientale de la République démocratique du Congo s'apprêtent à retrouver dès aujourd'hui leurs enfants après des mois voire des années de séparation. Ces enfants dont 147 garçons et 5 filles ont tous été récemment démobilisés après avoir servi pendant une période plus ou moins longue au sein de forces ou groupes armés dont certaines reviennent parfois avec un handicap physique ou psychique.

« L'enrôlement de gré ou de force est une réalité qui touche encore beaucoup d'enfants en République démocratique du Congo », explique Tanja Cisse, coordonnatrice du CICR chargée des activités de protection des civils. « Le recrutement d'enfants est pourtant interdit par les lois nationales et internationales. C'est un message que nous n'avons de cesse de rappeler. »

Âgés de moins de 18 ans, ces enfants sont parfois recrutés de force. Mais dans la plupart des cas, ils ont rejoint volontairement les groupes armés, soit pour y trouver un moyen de subsistance, soit dans un esprit de vengeance ou dans l'intention de défendre leur communauté. Ils sont utilisés comme combattants, mais pas exclusivement. Certains sont utilisés comme cuisiniers, porteurs, messagers, éclaireurs, porte-bonheurs, espions ou esclaves sexuels (en majorité les filles, qui sont quelques fois mariées de force).

Cette vie de violence et d'errance a de multiples conséquences : blessures (entraînant parfois de lourds handicaps), grossesses précoces, non-accès à l'éducation ou à la santé, détresse psychologique, arrestation ou détention, et parfois rejet par la communauté. « Le retour à une vie d'enfant ou d'adolescent peut être très difficile. Nous intervenons pour préparer et faciliter le retour dans la famille et éviter qu'ils soient à nouveau embrigadés », ajoute Mme Cisse.

À Kamina, au Katanga, la province la plus méridionale du pays, les enfants ont été regroupés dans le Centre APEDE (Amis des personnes en détresse – une ONG nationale), où les équipes du CICR ont collecté les informations qui ont permis de retrouver leurs proches. Dans ce centre de transit et d'orientation, ils ont été préparés progressivement à un retour dans leurs communautés d'origine.

Au cours de séances de sensibilisation, des éducateurs cherchent à développer chez eux des réflexes visant à éviter un nouvel enrôlement. C'est une étape importante du processus de réinsertion sociale. « Avec des représentants de l'Agence de protection de l'enfance, qui gère ce centre, nous avons passé plusieurs jours à discuter avec les enfants, en groupe ou en tête-à-tête », explique Marie-Geneviève Nightingale, chargée des activités de protection de l'enfance menée par le CICR dans l'est du pays. « À travers des jeux, des danses et des échanges, nous les avons fait réfléchir au rôle important qu'ils vont devoir jouer pour réussir leur retour chez eux et aux risques qu'ils encourent d'être à nouveau recrutés, de gré ou de force. »

Pour retrouver les familles de ces enfants, les équipes du CICR, parfois accompagnées de volontaires de la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo, parcourent de très longues distances en voiture, à moto, à bicyclette ou à pied, dans les zones les plus reculées du pays. En juillet et août 2014, le CICR avait déjà réuni avec leurs proches 99 enfants sortis des forces et groupes armés et enregistrés sur la base militaire de Kamina dans le cadre du programme de démobilisation mis en œuvre par le gouvernement congolais. Plusieurs vols avaient été nécessaires afin de ramener ces enfants chez eux par avion dans le nord-est du pays.

« Il arrive de temps à autre que les familles refusent d'accueillir un enfant ayant été associé à un groupe armé », précise Mme Nightingale. « Elles craignent qu'il n'ait pas changé et se comporte comme dans son ancienne vie, ou qu'il soit rejeté et stigmatisé par la communauté pour les abus qu'il a pu commettre par le passé. »

Pour lutter contre cette stigmatisation, les équipes du CICR organisent des discussions dans les villages afin que tous s'impliquent et accompagnent les enfants au cours de ce long processus de retour à la vie civile. Des jeux et des formations sont également organisés avec les volontaires de la section Jeunesse de la Croix-Rouge locale sur les risques de recrutement.

Trois mois après le retour dans la famille, le CICR rend visite à l'enfant et à ses proches pour s'assurer que tout se passe bien. En concertation préalable avec leur famille, les enfants qui sont rentrés chez eux reçoivent, selon leur âge, des fournitures scolaires ou du petit matériel afin de leur permettre de s'intégrer plus facilement dans leur communauté.

À la fin de l'année, 576 enfants suivis par le CICR attendaient toujours de retrouver leurs proches. Ils vivent dans des centres de transit ou des familles d'accueil sur tout le territoire.

La Rédaction

Catégorie : Afrique
Publication : 12/01/2015
Congo

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