Donner aux personnes handicapées la possibilité de créer leur entreprise financer par l’OIT au Vanuatu.
Peter DICK est un célibataire de 36 ans, atteint d’un handicap. Il vit dans la pauvreté depuis de longues années à Banban, une région rurale de l’île de Santo, au Vanuatu. Il fait partie des 195 000 personnes, pour beaucoup handicapées, dont les moyens de subsistance ont été affectés par le cyclone Pam, un cyclone tropical dévastateur de catégorie 5 qui a frappé cette nation du Pacifique Sud en 2015.
«Le cyclone Pam, suivi par El Nino, a aggravé la situation parce qu’il y avait une pénurie d’eau et très peu de nourriture pour les familles», explique-t-il. Un jour, Peter a appris qu’il avait la possibilité de participer à une formation Créez votre entreprise (CREE) et à un programme de parrainage d’entreprise, financés par l’OIT et destinés aux personnes handicapées sans emploi de Santo.
Au total, vingt-deux entrepreneurs potentiels ont bénéficié de sessions de formation de cinq jours en août, une formation dispensée par l’OIT en partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie du Vanuatu (CCIV) et le ministère de la Justice et des Services communautaires. C’était la première fois que l’organisation des employeurs de la CCIV étendait ses activités à l’île de Santo et fournissait des services de développement des entreprises aux personnes handicapées.
Depuis chez lui, Peter gère aujourd’hui une entreprise florissante de vente de tissus imprimés, peintures, sculptures sur bois et autres objets artisanaux. Quand un navire de croisière arrive, il se rend en ville pour vendre ses marchandises aux touristes. Ses sculptures sur bois peuvent demander jusqu’à trois jours de travail.
« Je n’aurais pas été capable de créer ma propre entreprise sans cette formation. Cela m’a donné confiance pour aller de l’avant.» Selon Peter Dick et d’ajouter que «Les affaires vont bien et mon objectif et mon rêve pour les deux prochaines années, c’est d’acquérir un bout de terrain.»
La formation a montré à Peter comment établir un plan d’affaires et réaliser une petite étude pour voir comment les entreprises trouvent leur clientèle. «Je veux m’assurer que mes coûts sont faibles pour pouvoir faire plus de profits», explique-t-il.
Les personnes handicapées sont plus touchées par la pauvreté
En 2013, l’enquête démographique et sanitaire du Vanuatu a constaté que les personnes handicapées ont bien plus de probabilités d’être pauvres; près de 31pour cent des personnes lourdement handicapées vivent dans le quintile le plus pauvre, contre 16 pour cent des personnes valides. Elles ont aussi moins de chances d’être employées à l’extérieur et une plus forte tendance à travailler à leur compte ou dans une entreprise familiale.
La stigmatisation des personnes handicapées et les attitudes négatives envers leurs capacités et leurs talents, ainsi que les obstacles liés à l’environnement bâti et au manque d’information, contribuent à la marginalisation des personnes handicapées au Vanuatu. Cependant, le Vanuatu a ratifié la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (2008) qui demande aux pays de créer une société plus inclusive et de promouvoir le droit au travail des personnes handicapées.
« Au Vanuatu, les personnes handicapées vivent avec une piètre estime de soi, un sentiment de honte et un manque de confiance au sein de leurs communautés. La formation CREE va vraiment leur permettre d’accéder à un nouveau stade où ils pourront faire quelque chose de rentable par eux-mêmes», affirme le formateur de la CCIV, Stanley John-Fred. «La formation leur a aussi permis de réaliser qu’ils avaient des opportunités à exploiter pour améliorer leurs moyens d’existence et leur a permis d’oublier leurs problèmes.»
Sur les 22 personnes qui ont suivi la formation, au moins dix ont créé leur propre entreprise et cinq autres sont en train de le faire. Les activités sont variées: élevage de chèvres, de crevettes ou de volaille, culture du kava, prêt de petites sommes d’argent, couture et épicerie. Chaque stagiaire a pu terminer son plan d’affaires individuel pendant les cours.
«Il est important de noter que si les participants ont créé une entreprise et se sont vu délivrer une licence commerciale, ils deviennent automatiquement membres de la CCIV et, de ce fait, bénéficient de ses services d’aide au développement des entreprises», précise Bimlesh Raj, correspondant handicap et Assistant de programme au Bureau de l’OIT pour les pays insulaires du Pacifique.
Le montant total des dégâts provoqués par le cyclone Pam est estimé à 48,5 milliards de Vatu (449,4 millions de dollars), ce qui équivaut à 64,1 pour cent du PIB du Vanuatu. En outre, 504 050 journées de travail et 1,6 milliard de VT de revenus personnels ont été perdus.
«La raison pour laquelle il était si important d’organiser une formation CREE après le cyclone Pam et de l’organiser à Santo, qui est très éloignée de la capitale Port Vila, c’est que les possibilités d’emploi sont très limitées dans les régions rurales, surtout pour les personnes handicapées», explique Satoshi Sasaki, spécialiste des stratégies en faveur du travail décent au Bureau de l’OIT pour les pays insulaires du Pacifique.
«L’OIT a identifié un besoin de formation sur le travail indépendant pour les personnes handicapées afin qu’elles puissent créer et développer leur propre entreprise et pour les aider à se relever après le cyclone Pam, leur permettre de renforcer leur résistance face à une éventuelle catastrophe naturelle qui pourrait à nouveau déstabiliser leurs moyens de subsistance.»
La Rédaction / OIT
Publication : 02/12/2016
Adhérez à l'association
Articles en relation
Douze ans après la loi du 11 février 2005 aura telle vraiment changée l’avenir des personnes handicapées ?
Le 11 février 2005, la loi sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, l'occasion de fête le douzième anniversaire. Une absence totale dans la presse y comprit parfois même spécialisé, pire encore chez les politiques qui en pleine élection présidentielle et quelques mois des législatives non pas véritablement intéressé une fois de plus de se saisir la prise en main d’un sujet de société. Une loi qui aura certes été le moteur de quelques avancées, mais aussi de beaucoup de promesses non tenu...
Donner aux personnes handicapées la possibilité de créer leur entreprise financer par l’OIT au Vanuatu.
Peter DICK est un célibataire de 36 ans, atteint d’un handicap. Il vit dans la pauvreté depuis de longues années à Banban, une région rurale de l’île de Santo, au Vanuatu. Il fait partie des 195 000 personnes, pour beaucoup handicapées, dont les moyens de subsistance ont été affectés par le cyclone Pam, un cyclone tropical dévastateur de catégorie 5 qui a frappé cette nation du Pacifique Sud en 2015.
Une prothèse comme dernier recours pour des victimes d’attentats à vivre debout ! Contre les mines
Comme beaucoup d'enfant, Ali Shah a perdu son genou gauche et la moitié de sa main droite l'an passé devant son école dans le nord-ouest du Pakistan, quand il a marché sur un engin explosif improvisé, arme de prédilection des talibans. A 13 ans, il réapprend à vivre grâce à une prothèse, tout comme des centaines d'autres civils blessés chaque année par des actes terroristes au Pakistan, pays où les handicapés sont habituellement méprisés et condamnés à rester chez eux.
L’animal devient un instrument de médiation pour des enfants polyhandicapés de plus en utilisée
Calé au fond de son fauteuil roulant, le petit Nathan n'est pas très réceptif à ce qui se passe autour de lui, jusqu'au moment où la médiatrice lui fait caresser le dos de la chienne Hizzy avec son pied nu... Alors tout change. Comme d'autres enfants polyhandicapés pris en charge par l'association Caroline Binder de Colmar, Nathan à participe ce vendredi à une séance de médiation animale, une technique qui connaît une forte expansion en France depuis quelques années.
Pour Niel une jeune autiste ce n’est plus désormais le cas ! Avec le réseau Rhapsodif
Pour lequel d'entre nous ce rendez-vous n'a pas été un sentiment d'inquiétude ou une épreuve ? Dans la salle d'attente de la dentiste, Niel, autiste, fait les cent pas. Si ce grand gaillard de 16 ans aux gestes désordonnés accepte désormais d'être soigné, il le doit à sa rencontre avec le Dr Aude MONNIER, membre d'un réseau formé à la délicate prise en charge de handicapées.
Onze grandes entreprises s’engagent avec l’OIT pour promouvoir l’insertion des travailleurs handicapés
L'emploi des personnes en situation de handicap reste encore un véritable défi dans la majorité des pays occidentaux. Onze grandes entreprises internationales sont devenues les premiers signataires de la nouvelle «Charte du Réseau mondial de l'OIT Entreprise & handicap » lors d'une cérémonie qui s'est déroulée au siège à Genève le 29 octobre dernier. Un pas vers une prise de conscience ? Une population de personnes handicapées en âge de travailler qui seraient selon les chiffres entre 785 à 975 millions de plus 15 ans d'âge.
Une dizaine de grands principes...
Si ce document n'engage que celui qui le signe, il reste néanmoins un signal fort pour de nombreux pays d'Asie ou encore l'Inde et l'Afrique. La Charte exprimant une détermination à promouvoir et inclure les personnes handicapées dans leurs opérations à l'échelle mondiale.
Un document fruit de plusieurs mois de travail et qui couvre toute une série de domaines. De la protection du personnel porteur de handicaps contre toute forme de discrimination jusqu'à rendre progressivement accessibles les locaux de l'entreprise et la communication interne aux employés avec un handicap.
Comme le souligne le Directeur général de l'OIT Guy RYDER, « Employer des personnes handicapées n'est pas seulement une cause moralement juste, c'est aussi bénéfique pour les entreprises. L'absence d'égalité des chances en matière d'emploi pour les personnes handicapées se traduit souvent par des vies de pauvreté et d'exclusion sociale »
Concluant que le respect de cette charte dont « le secteur privé fera preuve d'un véritable leadership en permettant aux personnes handicapées d'accéder à un travail productif et de vivre dignement »
Onze grandes entreprises internationales signataires
Les premiers signataires qui sont toutes de grandes sociétés internationales, auront pour cette charte un objectif supplémentaire celui d'être un moteur de cette nouvelle pensé de l'OIT en diffusant au niveau mondial celle d'un message d'inclusion pour les personnes en situation de handicap et être bénéfique pour les entreprises.
S'exprimant au nom des signataires, la présidente du comité de direction du Réseau, Wendy ORR de la Standard Bank, a déclaré : « Nous sommes fiers de figurer parmi les premières entreprises à signer la Charte des entreprises sur le handicap. C'est une nouvelle avancée pour montrer notre engagement en faveur de l'inclusion des personnes handicapées sur le marché du travail. Nous pensons, et nous en avons fait l'expérience, qu'une main-d'œuvre inclusive et diverse offre des perspectives aux employeurs, aux employés et à la société tout entière ». Exprimant le souhait de voir toutes les grandes entreprises d'autres grandes sociétés à nous rejoindre pour signer la Charte dans les prochains mois.
La Charte sera diffusée auprès des fédérations nationales d'employeurs et des réseaux nationaux entreprises & handicaps afin de promouvoir l'inclusion des personnes handicapées au sein de leurs membres, y compris les petites et moyennes entreprises (PME).
Un chemin encore très long pour un accès mondial au travail
Si la prise de conscience des États et du monde économique aura commencé avec l'OIT dés 1925, il aura fallu attendre 1955 et plus précisément 1983 pour que soit voté une recommandation pour encourager davantage l'action du gouvernement sur la question de la promotion de l'emploi et de l'égalité pour les personnes handicapées dans la formation des compétences et de l'emploi. De même, les principes d'égalité de traitement et l'égalité des chances sont devenus les principes sous-jacents dans le Code de pratique de l'OIT pour la gestion du handicap sur le lieu de travail (2002),
La Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées adoptée en décembre 2006 comprend les droits et les protections spécifiques, y compris celles liées à la formation des compétences et de l'emploi. Il appelle la fourniture d'un logement raisonnable afin que les personnes handicapées puissent participer pleinement à la sphère complète de la vie sociale et économique, y compris le travail.
Reste qu'aujourd'hui la diversité des pratiques économique et celle de la mondialisation n'ont pas amélioré la situation des salariés dans certains pays du monde comme l'Asie, l'Inde ou les pays en voie de développement comme en Afrique. Les salariés handicapés sont souvent les dernières préoccupations des gouvernements dans ces pays du monde. L'aspect économique, la rentabilité, et la main d'œuvre a bas coût restent les principaux arguments pour promouvoir leurs produire et envahir les marchés mondiaux.
Réseau mondial de l'OIT Entreprise & handicap
Créé en 2010, le Réseau fait office de médiateur et répond aux sollicitations de ses membres pour élaborer des outils, partager les connaissances et faciliter les réunions et les discussions entre entreprises sur les questions de handicap. Il conjugue les intérêts des mandants employeurs de l'OIT et ceux des entreprises multinationales.
Son comité de direction est composé de représentants de huit entreprises multinationales, d'une organisation mondiale de personnes handicapées et de deux organisations d'employeurs. Le Réseau a créé un outil d'auto-évaluation qui permet aux sociétés d'évaluer leurs performances dans un certain nombre de domaines concernant le handicap. Auquel il faut ajouter l'importance essentielle des personnes handicapées elles-mêmes, grâce à un partenariat avec l'Alliance internationale des personnes handicapées, un réseau d'organisations de personnes avec un handicap au niveau régional et mondial.
Deux grandes approches en Europe...
En Europe il existe aujourd'hui deux grands courantsi mis en place dont celui d'une législation anti-discriminatoire. Selon cette philosophie, les personnes handicapées sont aussi compétentes et productives que les autres, capables de concourir à l'emploi sur une base d'égalité. La discrimination est considérée comme l'explication de base de l'exclusion et du bas niveau d'insertion des personnes handicapées sur le marché du travail.
La ligne idéologique du Nord de l'Europe (Suède, Finlande, Danemark) privilégie non pas les obligations légales d'emploi, mais les politiques inspirées par des principes généraux d'égalité, de normalisation, d'intégration, qui constituent des objectifs politiques à atteindre.
D'une façon générale, la priorité est donnée dans les politiques à l'intégration des travailleurs handicapés dans le milieu ordinaire de travail. Mais les pays mettent en place des systèmes d'emploi protégé à l'exemple de la France, comme une alternative pour ceux des travailleurs ne pouvant pas accéder au marché ouvert se sont multipliés ces dernières années.
L'évolution des politiques nationales est passée de la prise en charge par l'État (elles sont nées pour protéger les invalides de guerre) à une approche orientée vers l'autonomie, comprenant tous les civils handicapés. Les stratégies actuelles comportent un changement dans la prise en compte du handicap vers la réadaptation au travail. L'intégration des personnes handicapées est aujourd'hui une question d'économie du pays plus que de bien-être. Les prestations d'invalidité représentant un coût social pour le budget de l'État.
Un pari loin d'être gagné en France, avec plus de 23 % de taux de chômage. Il y a certes les bons élèves souvent des grands groupes pour lequel l'obligation et devenue une nécessité économique, mais aussi plus facile. Reste que certains en France ont véritablement ouvert la voie commse le groupe Casino avec 10.7 % ou encore le Groupe Carrefour ou L'Oréal, ou bien la Société Générale même si cette dernière n'est pas signataire de la Charte. Reste aujourd'hui que les mauvais élèves existent y compris au sein de l'Etat avec l'Education nationale, exempté également du montant de sa contribution, mais plus de 60 % des entreprises n'ont toujours pas atteint le taux de 6 % requis par la loi.
Stéphane LAGOUTIÉRE
