Plus exposés, plus fragiles, les jeunes enfants des ménages modestes plus affectés par la pollution de l'air
La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) . Au-delà des différences d'exposition, qui sont en défaveur à la fois des jeunes enfants des ménages les plus aisés et des ménages les plus modestes, il existe de fortes disparités de vulnérabilité vis-à-vis de la pollution de l'air. Une situation qui représente un problème réelle de santé publique. Selon l'Organisation mondiale de la santé, plus de 90% des enfants dans le monde respirent un air pollué qui met en danger leur développement et leur survie.
Les enfants plus modestes plus affectés…
Au-delà des différences d'exposition, qui sont en défaveur à la fois des jeunes enfants des ménages les plus aisés et des ménages les plus modestes, il existe de fortes disparités de vulnérabilité vis-à-vis de la pollution de l'air. 10 % des enfants concentrent l'essentiel des effets observables lors d'une augmentation de l'exposition à la pollution de l'air avant leur premier anniversaire. Plus souvent dans un moins bon état de santé à la naissance, ils ne sont pas répartis de façon égale sur l'échelle de niveaux de vie des parents : parmi ces enfants les plus affectés, le dixième le plus modeste est 1,6 fois plus représenté que le dixième le plus aisé.
En France métropolitaine, ce sont les jeunes enfants vivant dans les ménages les plus aisés et dans les ménages les plus modestes qui sont les plus exposés à la pollution de l'air due aux particules fines de moins de 2,5 micromètres. D'une part, la pollution atmosphérique se concentre dans les villes, où les plus aisés résident plus souvent. D'autre part, les moins aisés vivent plus souvent, au sein des aires d'attraction des villes, dans les communes les plus polluées : au sein de ces espaces, ce sont les enfants des ménages les plus modestes qui sont les plus exposés du fait de leur localisation (voir graphique).
Les enfants modestes, plus fragiles à la naissance...
Alors que les enfants nés prématurément représentent 9,1 % des naissances parmi les 10 % les plus modestes de la cohorte étudiée, ils représentent 6,1 % des enfants parmi les 10 % les plus aisés. Ainsi, les enfants les plus modestes ont un risque 1,5 fois plus élevé de naître prématurément que les plus aisés. En outre, parmi les enfants nés à terme, les plus modestes nécessitent en moyenne plus de soins lors de leur séjour de naissance. Avant leur troisième anniversaire, 1,4% des enfants sont admis à l'hôpital en urgence pour asthme sur la période étudiée (2008-2017). Cela représente environ 11 000 enfants nés chaque année qui sont touchés avant leur trois ans. En ce qui concerne les enfants les plus modestes, ils sont 1,9 % à être admis à l'hôpital en urgence pour asthme avant leur troisième anniversaire, contre 1,2 % des plus aisés, soit un risque multiplié par 1,6. Concernant les hospitalisations en urgence pour bronchiolite avant le deuxième anniversaire, qui concernent 3,6 % des enfants soit de l'ordre de 28 000 enfants nés chaque année, les différences sont encore plus marquées, avec un risque doublé pour les plus modestes par rapport aux plus aisés (graphique).
Un accès aux médicament plus difficile…
En revanche, les délivrances de médicaments contre l'asthme en pharmacie de ville, qui concernent un peu plus d'un quart des enfants, sont bien moins fréquentes chez les plus modestes que pour les dixièmes de niveaux de vie intermédiaires à élevés. En l'absence de mesure directe de l'état de santé respiratoire, la consommation des médicaments contre l'asthme peut être interprétée à la fois comme le marqueur d'une pathologie respiratoire, aiguë ou chronique, mais également comme un indicateur de la qualité de sa prise en charge, puisqu'il existe des différences d'accès, de recours et d'observance des traitements.
Une demande de soin plus fréquents dans leur première année…
La simple comparaison d'enfants plus exposés à la pollution de l'air que les autres de par leur lieu de vie sur des données observationnelles ne permet d'établir qu'une coïncidence entre cette exposition en moyenne sur l'année et le fait d'être traité pour soins respiratoires. Afin de pouvoir donner une interprétation causale aux estimations de l'effet d'une surexposition à la pollution atmosphérique, deux groupes de jeunes enfants sont ici comparés, un groupe « surexposé » et l'autre « sous-exposé » (l'appartenance à chaque groupe n'étant pas déterminé de façon univoque par le lieu de vie). L'assignation des enfants au groupe « fortement exposé » repose sur leur exposition dans leur première année de vie à un nombre plus important de jours avec une inversion thermique qu'habituellement dans leur commune de résidence, phénomène météorologique ayant pour conséquence l'accumulation des polluants atmosphériques, notamment, mais pas seulement, les PM2,5 et donc par une surexposition à la pollution de l'air de ces enfants « fortement exposés ».
Sur la période 2008-2017, environ 28 000 enfants de chaque génération sont hospitalisés pour bronchiolite avant leurs deux ans et 11 000 pour asthme avant leurs trois ans. Si l'on pouvait diminuer l'exposition moyenne annuelle aux principaux polluants atmosphérique d'environ 1 % sur la première année de vie, ce qui revient à préserver les enfants de moins d’un an d'une quinzaine de jours d'augmentation ponctuelle importante de leur exposition à ces polluants, alors de l'ordre de 2 000 cas hospitalisés de bronchiolites, 1 800 cas hospitalisés d'asthmes et 6 100 prises en charge d'enfants avec des délivrances de médicaments antiasthmatiques seraient évités.
Les enfants les plus affectés par un surcroît de pollution…
La vulnérabilité à la pollution de l'air est vraisemblablement variable d'un enfant à l'autre, ce qu'occultent ces comparaisons globales. Concernant les hospitalisations en urgence pour bronchiolite et la délivrance de médicaments contre l'asthme, les effets importants, détectables statistiquement, seraient concentrés dans un groupe représentant 10 % des enfants, le groupe des enfants les plus affectés par la pollution de l'air. Que ce soit en termes d'hospitalisations en urgence pour bronchiolite ou de délivrance de médicaments antiasthmatiques, les enfants les 10 % les plus affectés présentent plus souvent un état de santé défavorable à la naissance et font également plus souvent partie des plus modestes. Pour ce qui est des hospitalisations pour bronchiolite, ces disparités sont particulièrement marquées : les enfants les plus affectés par un surcroît de pollution de l'air dans leur première année sont avant tout des enfants dont l'état de santé à la naissance est moins favorable: 18,7 % sont nés prématurément, contre 5,9 % parmi les 50 % les moins affectés. Ces enfants appartiennent aussi 1,9 fois plus souvent au dixième de niveau de vie le plus modeste, qui représente 17,4 % des enfants les plus affectés.
Une étude à prendre avec précautions…
Les estimations interprétées de façon causale sont issues d'une méthode quasi-expérimentale (méthode par variable instrumentale en forme réduite). L'approche quasi expérimentale est une des approches statistiques qui a émergé pour dépasser certaines limites des études observationnelles établissant des associations. Elle a conforté dans ce cadre d'analyse les études observationnelles établissant un lien entre état de santé dégradé et exposition à la pollution atmosphérique.
Cette étude repose sur la quasi-expérience suivante : certains enfants connaissent, dans leur première année de vie, une exposition plus importante à la pollution de l'air que des enfants comparables nés dans la même commune, du fait d'un nombre d'inversions thermiques plus important. Une inversion thermique est une inversion du gradient de température avec l'altitude (la température est temporairement plus élevée en altitude qu'au niveau du sol) favorisant l'accumulation de la pollution de l'air au sol. Ce phénomène n'est pas spécifique aux particules fines de moins de 2,5 micromètres et impacte également la concentration d'autres polluants de l'air par le même mécanisme
Quelques points clés à noter…
1. Les enfants respirent plus rapidement que les adultes et leur organisme en pleine croissance est beaucoup plus sensible à la pollution de l’air.
2. En France, trois enfants sur quatre respirent un air pollué, notamment en ville où la concentration du trafic automobile est très importante.
3. Ces enfants ont plus de risque de développer des pathologies, telles que des allergies, de l’asthme, de l’eczéma, mais aussi de l’obésité et des syndromes dépressifs.
4. Les enfants issus de familles modestes sont particulièrement touchés par la pollution de l’air.
5. Des conduites simples et efficaces permettent de prévenir l’exposition de votre enfant à la pollution de l’air, comme connaître le niveau de pollution, éviter les grands axes à grande circulation, et ne pas attendre près des voitures au passage piéton.
La Rédaction
Sources : DREES / © Image de Freepik
Publication : 09/01/2024
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